Nos villes en 2017 : le contexte environnemental et social

Publié le 26 Janvier 2017

 

Après avoir abordé les tendances technologiques qui pèseront sur l’évolution de nos villes au cours des prochains mois voici quelques dimensions plus sociétales dont il faudra tenir compte tout autant.

  1. Réchauffement climatique - L’avancée de l’eau commence à se faire sentir sur certaines grandes villes, par exemple sur la côte est des États-Unis. La COP 21 a marqué un pas positif. La mise en place est encore trop longue par rapport à la détérioration des conditions climatiques. Mais la conscience du problème augmente et les villes adoptent des stratégies de développement durable comme Paris qui fait de multiples efforts pour réduire la circulation automobile. Les voitures électriques deviennent courantes, les énergies renouvelables sont devenues moins chères que le charbon et les efforts pour augmenter l’efficacité énergétique méritent une attention particulière.
  2. Participation citoyenne et gouvernance - La discussion sur la notion de smart city continue à battre son plein. Mais, comme nous l’avons vu la semaine dernière l’approche essentiellement technologique fait de plus en plus la place au développement durable et au rôle des citoyens dans le choix des orientations stratégiques et la gestion de la cité. Reste que la question est peut-être mal posée et que nous devons envisager de passer à la notion de cocréation (comme le dit l’architecte Alain Renk depuis longtemps) sur une base PPPP (partenariats public, privé, population). Dans ce contexte, les municipalités ont tout intérêt à s’inspirer de l’évolution des entreprises qui, traditionnellement soucieuses de seulement satisfaire leurs actionnaires (shareholders), commencent à prendre conscience de leurs responsabilités face aux parties prenantes (stakeholders). Les personnes concernées sont plus nombreuses que nous n’avons l’habitude de penser et elles ne peuvent être impliquées en se contentant des mécanismes habituels.
  3. Inégalités - C’est dans les villes que les inégalités les plus grandes sont les plus proches, les plus visibles et donc les plus pesantes, les plus insupportables. Certaines villes font des efforts mais la question se pose aujourd’hui plus encore au niveau des métropoles dont on peut se demander si elles sont bien armées pour y faire face. Et l’accueil des réfugiés reste dramatiquement inadéquat dans trop de villes en Europe et, plus particulièrement, en France. La déglobalisation serait mauvaise pour les villes en réseaux et la montée de la protestation contre les élites risque de réduire le choix de type de ville dans lequel nous vivons.
  4. Quelle place pour les villes ? – De plus en plus importantes les villes commencent à faire plus clairement face à deux types de problèmes. Le premier concerne les tensions avec les politiques décidées au niveau national. C’est le cas de Londres qui n’a aucun intérêt au Brexit, de Nice qui, mal desservie par le train essaye de passer des accords avec Vintimille en Italie et de Barcelone que ni l’Espagne ni la France ne laissent profiter des flux qui passent ou pourraient passer par elle. La seconde tension, plus spécifique à la France d’aujourd’hui tient à la réorganisation du territoire national. Nous avons d’une part la banalisation de l’importance donnée aux métropoles avec le passage à 22 et, d’autre part le fait qu’il faudra atteindre sans doute 10 ou 20 ans pour que cette réorganisation porte ses fruits. C’est, par exemple, ce qu’on dit à Bordeaux.
  5. Peur et méfiance des technologies – C’est tout le débat sur les villes intelligentes qui font encore peur. La France peut se vanter d’être particulièrement active (depuis peu) en matière d’innovations et de startups, elle reste plus frileuse que beaucoup face à l’adoption des technologies de l’information alors même qu’elles peuvent jouer un rôle essentiel dans le développement de nos villes. L’état d’esprit qui domine est encore trop souvent celui du rejet et de la peur alors que nous avons besoin de bien comprendre ce dont il est question pour mieux choisir ce qui nous convient ou pas et dans quelles conditions. Nous devons passer de l’acceptation ou de la négation acritiques à l’adoption de stratégies fines. Ceci implique un meilleur débat avec la population sur les services que les technologies peuvent offrir et une meilleure formation du personnel urbain aussi bien élu qu’administratif. C’est d’autant plus urgent que les dangers sont réels. La cyberguerre, par exemple. Elle sera essentiellement centrée sur les villes alors que leur conscience des problèmes de cyber sécurité et les moyens (juridiques et financiers) dont elles disposent pour se protéger sont des plus limités. Une aubaine pour les populistes de tous bords qui proposent de prétendues solutions simples pour un monde de plus en plus complexe, nous explique Laurent Alexandre, chirurgien co-fondateur du site Doctissimo.

Dans un tel contexte on ne peut que saluer la proposition toute simple du Journal du Net qui propose une liste des choses à faire pour les villes et les entreprises en 2017. Pour les villes : franchir le pas de l’open data, passer au monitoring urbain, se préparer aux véhicules autonomes. Pour les entreprises : profiter de l’essor de l’open data, inventer de nouveaux services, répondre aux besoins de nouvelles mobilités. Du concret… c’est beaucoup mieux que des prévisions oiseuses.

Une version de ce billet a été publiée sur le site du Monde.fr le 26 janvier 2017.

Photo : Commons Wikimedia Panorama Bordeaux Miroir d'eau de Bordeaux

 

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