Villes innovantes : apprendre des erreurs de Google et d’Helsinki

Publié le 11 Mars 2016

Fuite d'eau
Fuite d'eau

Apprenons d’un échec. Helsinki s’est doté, avant beaucoup d’autres, d’un projet de « mobilité à la demande » baptisé Kutsuplus à propos duquel j’écrivais en 2014 « Chacun indique son point de départ et d’arrivée, les algorithmes se chargent de trouver la meilleure route pour satisfaire tout le monde. Ça coûte plus qu’un bus et moins qu’un taxi. L’idée, selon le Guardian, est d’avoir la liberté de se rendre d'un point à l'autre qu'offre la voiture sans les coûts trop onéreux en termes financiers et environnementaux qu’implique sa possession ». Or ce système vient de réaliser son dernier voyage le 31 décembre 2015 et l’analyse de l’échec fourni par le site Citylab (de The Atlantic) est pleine d’enseignements. En résumé : pour qu’un tel projet fonctionne il faut un nombre de bus assez grand pour augmenter les chances de « trouver un nombre suffisant de passagers allant dans la même direction à peu près au même moment ». De l’inconvénient des pilotes pour les projets qui ont besoin, pour réussir, d’atteindre une échelle demandant des investissements. Lisez l’analyse dans le détail elle est intéressante. Notons enfin que les utilisateurs regrettent… et que Ajelo, la startup finlandaise créatrice de l’algorithme de base a été rachetée par Split, une entreprise américaine qui opère à Washington. L’expérience servira donc… à d’autres.

La toute récente publication d’une vidéo du premier accident d’une de ses voitures autonomes dont Google a accepté la responsabilité permet de mieux comprendre ce qui s’est passé… et d’améliorer le programme. Le Monde (Pixels) en a rendu compte mais la vidéo ci-dessous révèle qu’il a été du à une erreur d’appréciation plus grave que ce qu’on a pu croire au départ : la non prise en considération de l’inertie plus grande des autobus quand on la compare aux véhicules particuliers. Selon Clubic « Google a depuis précisé qu'il avait modifié le programme pour qu'il “comprenne mieux que les bus et les poids lourds sont moins susceptibles de céder le passage que d'autres véhicules” ».

https://youtu.be/neFqatFxwnw

Une belle « défense progressiste d’Uber » nous vient d’un député travailliste britannique. Pour Ian Austin il ne sert à rien, ni de promettre des lendemains paradisiaques que le progrès technologique ferait chanter, ni de promettre d’arrêter les menaces de bouleversements induits par les technologies de l’information et de la communication (entre autres). « Nous devons », dit-il, « équiper les gens avec les capacités dont ils ont besoin pour affronter le défi du changement technologique rapide ». Nous sommes en face d’une « énorme transformation » et le « Laisser faire » des Tories (le parti conservateur) n’est pas acceptable. Les entités publiques et privées devraient « travailler ensemble » pour tirer parti des nouvelles technologies et en faire profiter les zones laissées pour compte. Quant à la montée des travailleurs indépendants il faut « améliorer la protection légale qu'ils reçoivent de l'État ». Sur le fond il se propose « d’introduire la formation à la science, l’innovation et la technologie dans toutes les communautés et l’apprentissage du code dans toutes les salles de classe ».

Prendre soin de sa cybersécurité est indispensable pour toute ville qui se veut intelligente. Le Monde en a rendu compte abondamment qu’il s’agisse des PME qui se lancent sur le marché ou de la formation du personnel de terrain. Mais l’un des problèmes les plus sérieux semble qu’alors qu’un grand nombre de responsables locaux se disent prêts à adopter les technologies de l’information et le font, très peu ont conscience de la nécessité d’assurer la sécurité de leur système. C’est vrai en France mais aussi aux États-Unis où 80% des élus et fonctionnaires locaux ignorent si leur territoire est doté des mesures de protection adéquates. 83% des personnes interrogées considèrent que la cybersécurité est une priorité, mais à peine un cinquième a une idée de ce qui se fait concrètement. 43% pensent que le financement de ces programmes est insuffisant et 50% qu’il faut plus d’employés spécialisés dans ce domaine. La bonne nouvelle est que 87% des personnes interrogées ont envie d’en savoir plus sur ces questions.

Réduire la consommation de l’eau et utiliser plus efficacementcelle dont on a besoin sont des actions chaque jour plus urgentes. Les exemples sont à puiser (ou à voler, comme nous l’avons vu au début de la semaine) partout, y compris dans les grandes villes des pays émergents. The Guardian vient d’en sélectionner quelques unes qui méritent attention. Par exemple : Le Cap en Afrique du Sud qui malgré une augmentation de 30% de sa population en 15 ans est parvenue à réduire sa consommation de 30% pendant la même période grâce à une campagne d’éducation et au remplacement des tuyaux les plus vieux. Lima, capitale du Pérou, est située dans un désert qui ne reçoit qu’un cm d’eau par an et dépend de l’eau des glaciers des Andes, tous les ans plus rachitiques. Les autorités ont compris qu’elles ne résoudraient pas le problème sans participation de la population et a lancé, entre autres actions, un programme de sensibilisation avec un effort particulier sur les écoles. Le plus intéressant, peut-être, dans cet article se trouve dans les commentaires qui critiquent souvent les cas choisis et montrent qu’il ne faut jamais s’en tenir aux seules intentions, voir aux efforts réels des autorités, pour apprécier ce qui change vraiment dans l’amélioration de nos villes.

Photo: Fuite d'eau (Photo Flickr de Ryndon Ricks CC BY-2.0)

Une version de ce billet a été publiée le 11 mars 2016 sur le site du Monde.fr

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