Trump et Daesh : contre la mobilité

Publié le 23 Mars 2016

Trump et Daesh : contre la mobilité

Les attentats du 13 novembre 2015 à Paris étaient contre des rassemblements. Ceux du 22 mars à Bruxelles sont contre les déplacements. Les menaces contre la mobilité, en particulier urbaine, se précisent.

La mobilité, synonyme de liberté est de plus en plus sérieusement menacée sur de multiples fronts.

  • A Paris, les attaquants voulaient punir le plaisir de se réunir, d’aller voir un match de foot, boire un verre à un café ou, pire, écouter de la musique et danser.
  • A Bruxelles, l’attaque contre l’aéroport, perpétré hors zone de sécurité risque fort d’entraîner l’installation de contrôles avant même l’enregistrement. Il en résultera un ralentissement du trafic comme après chaque mesure prise à la suite d’un nouveau type d’attentat.
  • Rappelons que c’est après la tentative échouée de faire sauter un avion avec des explosifs situés dans une chaussure qu’on a imposé de vérifier tous nos souliers dans les aéroports. Les contrôles accrus de sécurité ont toujours suivi les attentats sérieux, qu’ils aient échoué ou réussi.
  • L’attaque contre le métro de Bruxelles poussera certains à moins circuler ou à utiliser leur voiture et donc à réduire leur mobilité dans la capitale européenne. A la suite des évènements du 13 novembre le tourisme a chuté á Paris, un tiers des Français ont modifié leurs habitudes de déplacements. Certains Parisiens ont même arrêté d’utiliser les transports en commun.

Les attaques meurtrières ne sont pas la seule façon de réduire la mobilité. Aux Etats-Unis Donald Trump doit une partie de son succès aux murs mentaux qu’il renforce entre les différentes communautés. Jouant sur les peurs exagérées de certains américains il accuse l’ensemble des Syriens d’être des terroristes et les Mexicains d’être des « violeurs ». Il va encore plus loin quand il propose de construire un vrai mur en dur (ou plutôt de de l’étendre car il est déjà présent sur prés d’un tiers de la frontière) pour arrêter, dit-il, l’immigration latino-américaine et surtout mexicaine.

  • Cela réduira fortement une des zones les plus actives, précisément celle qui unit les deux pays sur 100 ou 200 km le long de la frontière. N’oublions pas que Tijuana, ville collée à San Diego sur le Pacifique, est le point de passage transfrontalier le plus actif du monde. Quatrième conurbation frontalière du monde, elle est traversée par un mur qui commence dans l’océan, entre les deux villes dont la plage commune est ainsi coupée en deux.
  • En promettant de le faire financer par les Mexicains Trump veut faire payer la mise en place de mesures de sécurité supplémentaires par ceux qui en sont les premières victimes.

Donald Trump et l’Organisation État Islamique, chacun à sa façon – et elles sont fort différentes, nous ne saurions les assimiler – contribuent à la limitation de la circulation des personnes. Comme d’autres, ils craignent le fait qu’elle est source d’échanges et d’ouverture d’esprit.

Les adversaires de Daesh et de Trump ne manquent pas et l’objectif de ce billet n’est pas de leur donner des arguments. Il est, par contre, de nous aider à réfléchir sur ces menaces précises qui pèsent contre la mobilité. Elles sont directes (comme le mur ou les attentats) et indirectes (comme la montée de la xénophobie et le rejet des réfugiés) et peuvent venir des réactions exagérées contre les menaces réelles ou imaginaires.

Anecdote qui illustre le problème, la Third Mind Foundation, un collectif newyorkais d’artistes et de designers anonymes, a lancé le 2 mars un concours pour la construction d’un mur frontière architecturalement acceptable. Elle a été suivie, le 4 par la revue d’architecture Arch Daily. De violentes protestations (qui ont entraîné des modifications du projet initial) s’en sont suivi pour la simple raison qu’il semblait ainsi valider le projet (ou permettre aux architectes de bénéficier d’une telle opportunité). Très prudemment, la responsable éditoriale du site du magazine Metropolis prend ses distances. Et, pour ne pas rester enfermée dans le débat sur « le mur », offre un sortie élégante en proposant de s’inspirer d’une idée de pont entre l’Europe et l’Afrique dans le cadre du concours appelé Project Heracles appelant à la construction d’infrastructures physiques… entre les continents.

Les ponts physiques sont une bonne chose. Les ponts mentaux sont encore meilleurs. Il serait dangereux de revenir aux frontières mentales et physiques, à l’intérieur des villes et des métropoles, des territoires et des pays. Elles ralentissent les mouvements des biens et des services autant que des personnes. N’oublions pas que les humains ont créé le monde avec leurs déplacements, d’un continent à l’autre. Ce sont eux qui les conduisent vers les villes qu’il ne servira à rien d’essayer de rendre intelligentes si nous n’avons plus la possibilité de nous y rendre ni d’y circuler.

Photo Flickr (San Ysidro, le point de passage le plus utilisé dans le monde qui unit San Diego aux Etats-Unis et Tijuana, au Mexique) Andrew Gorden CC by 2.0

Une version de ce billet a été publiée sur le site du Monde.fr le 23 mars 2016.

Tags : Français, Actu
Commenter cet article