Le CES de Las Vegas et les « tech cities » de demain

Publié le 12 Janvier 2016

Le CES de Las Vegas et les « tech cities » de demain

Connu jadis pour les gadgets qui s’y montraient pour la première fois avec l’espoir de s’imposer pendant l’année le Computer Electronic Show qui vient de se tenir à Las Vegas du 6 au 9 janvier n’a pas été marqué par des innovations bouleversantes. Mais quelques très grosses entreprises du secteur ont pris position pour s’emparer de la plus grosse part possible du marché prometteur des « smart cities ».

Confidence de début d’année : j’en ai raz le bol de parler de d’utiliser le terme. Peut-être pourrions-nous parler de « tech cities » pour désigner l’approche centrée sur les technologies de l’information et de la communication. C’est plus clair et plus honnête. L’intelligence est le fait des gens autant ou encore pus que des machines. Ne nous privons d’aucune et ne laissons pas aux géants des TIC le monopole du « smart » sans, pour autant, nier leur utilité.

La vague de fond des années qui viennent est l’avancée de l’Internet des Objets (IoT, Internet of Things) et la multiplication des capteurs – plus petits et meilleur marché - qui envahissent villes, maisons, voitures et à peu près tout ce que nous utilisons. Mais si la domotique tarde toujours à décoller nous voyons bien que le CES est devenu le salon de l’auto de demain (et donc de la mobilité, enjeu cardinal pour les villes).

J’ai déjà signalé dans mes brèves du samedi la grande place accordée aux voitures électriques, voir autonomes. Mais il faut aller plus loin et inclure le fait que, selon le secrétaire américain aux transports, les villes doivent commencer à se préparer aux véhicules sans chauffeurs. L’administration Obama vient de leur lancer un défi pour les pousser à « trouver comment intégrer les systèmes intelligents, notamment les voitures autonomes ».

On notera avec intérêt que les Allemands, selon les propos de George-Édouard Dias sur le PetitWeb, « s’apprêtent à faire main basse sur l’automobile digitalisée en imposant au monde leur plateforme de mobilité ». Mais tout ne vient pas des constructeurs. Ainsi le dispositif permettant une conduite plus sûre développé par l’entreprise israélienne Mobileye devrait-il équiper les bus de demain. Cela s’ajoutera aux accords passés par cette société avec plusieurs fabricants dont Tesla, GM et Volkswagen.

Toutes les grosses entreprises de technologie étaient là avec une forme ou autre d’offre « tech city » (elles utilisent l’autre terme bien sûr). L’une des offres les plus remarquées est celle du géant des télécoms AT&T qui propose son infrastructure aux opérateurs de capteurs de l’IoT pour recueillir leurs données et communiquer avec eux.

A côté des keynotes portant sur les grandes orientations comme la mobilité urbaine, on trouvait des avancées à la fois plus limitées et plus concrètes, susceptibles d’être déployées plus rapidement. Cela va de l’intégration du contrôle des maisons « intelligentes » depuis la voiture avec des propositions de BMW et de Ford à Qarnot, une startup parisienne avec ses radiateurs connectés qui sont autant de mini data centers pour chauffer nos appartements (bonne piste pour l’efficacité énergétique urbaine). Une autre française, l’application BreatheUp, permet de mesurer la contamination ambiante et de conseiller chaque sportif en fonction des informations recueillies.

Heureusement, le CES n’est pas la totalité de l’actualité qui nous intéresse. Notons d’abord qu’une enquête menée par Accenture dans 28 pays et rendue publique la veille de l’ouverture du CES montre que les consommateurs font de plus en plus attention au « tout tech ». 37% disent qu’ils font plus attention à ce qu’on essaye de leur fourguer. 18% ont même rendu des appareils dont ils craignaient qu’ils n’assurent pas suffisamment la protection de leurs données.

Une réaction qui contribue peut-être – et c’est une excellente chose – à la recherche de solutions tout aussi « smart » mais un peu moins « tech », j’ai repéré la nomination du premier Chief Bicycle Officer de la municipalité d’Atlanta aux Etats-Unis. A Copenhague, les chauffeurs de bus de la compagnie Arriva apprennent l’Aikido pour mieux gérer les éventuels conflits sans y participer, perdre leur stress et respirer profondément quand on les menace où que la circulation devient insupportable. Une initiative à généraliser si nous voulons faire face sereinement à la montée de ces « tech cities » sans visage humain.

Photo Teamnutztechnology.com (La technologie de Mobileye assiste les conducteurs en leur offrant une plus grande sécurité)

Une version de ce billet a été publiée sur le site du Monde.fr le 12 janvier 2016.

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