AirBnBébé, Ubrailler et Giligilicar

Publié le 4 Novembre 2015

AirBnBébé, Ubrailler et Giligilicar

AirBnB, Uber, Blablacar, et autres plateformes qui font délirer les uns et hurler les autres, ne sont qu’une pâle annonce d’un futur proche. En bref, ce que nous avons vu de l’économie du partage n’est que « cacahuète » (anglicisme dûment traduit) comme le montre ce reportage envisagé la nuit dernière.

L’idée est venue à un couple homosexuel Jan Landris et Pierre Dufeu, tendrement unis mais peu soucieux de s’encombrer de bébés. « Comment s’en procurer un »? se demanda Jan un beau matin. Par le plus grand des hasards leurs voisins, jeune couple encore amoureux, souhaitaient passer le week-end au lit sans se préoccuper de changer, nourrir ou amuser leur marmot. Ils eurent l’idée de demander à Pierre et Jan s’ils accepteraient de prendre le nourrisson en charge pendant 36h, moyennant rétribution.

C’est ainsi que surgit l’idée d’ubériser les bébés. Rien de plus facile que copier une idée qui marche dans divers secteurs de la société, dans tous les pays. En quelques heures, pendant que Pierre faisait le sale boulot (couches et compagnie) Jan jeta les bases d’une plateforme qui met tout simplement en relations parents ayant besoin de libertés et couples en mal d’affection à donner par petites doses.

Un test rapide révéla l’existence d’un vrai marché, notamment chez les jeunes professionnels qui hésitent devant la création d’une famille et les coûts que cela implique. 10.000 échanges organisés en France en 3 mois. 15.000 dans les pays nordiques. 150.000 aux Etats-Unis. Le truc a décollé dès que, suivant une idée de Pierre, Jan a installé un système de notations (rating) dans les deux sens. Parents adoptifs temporaires (ponctuels, rendant un bébé serein et non abruti, n’ayant ni perdu ni gagné trop de poids) et bébés loués (qui pleure tout le temps, pisse sans arrêt, fait des caprices etc.).

Interrogés par internet sous forme de focus groups virtuels les gens se sont prononcés sans ambages pour cette nouvelle forme de parenté avec comme leitmotiv « moins d’emmerdements autant de plaisir » (ou « Empruntez des enfants sans avoir à les faire ») pour les parents temporaires. Alors que les autres se retrouvaient dans l’approche « Ayez des enfants sans gâcher vos week-ends », un slogan qui reçut aussitôt une subvention du ministère de l’intérieur.

Lancé sous le nom DesEnfantsSansBouletsAuxPattes.fr, le site envisage de se rebaptiser AirBnBébé. Plus commercial. Pierre, qui est à la tâche, propose Ubrailler. Pivot notable, ils prévoient de ce doter d’un modèle freemium avec vrai partage qui serait appelé Giliglicar. Un couple « avec » enfants prendrait chez eux pendant quelques heures ou quelque jours un couple « sans » pour leur montrer comment nourrir, changer, amuser les bambins, etc.. Jan et Peter envisagent aussi d’inverser leur business model et, au lieu de les rémunérer, de faire payer (beaucoup plus cher) les parents temporaires à qui cette solution permet d’avoir des enfants de temps en temps sans prendre d’hypothèque sur le reste de leur vie.

En pleine remise en question de sa politique familiale le gouvernement chinois envisage une participation à concurrence de 5 milliards de dollars au capital de la petite compagnie promise à un joli futur.

Les idéalistes du web se sont vite enthousiasmés pour cet enfantement sans propriété alors que les conservateurs protestent contre ces couples transitoires et non sanctifiés.

Les associations de baby-sitters tentent de lancer un mouvement européen de protestation. Constatant que ce site permet de réduire l’angoisse tant de ceux qui ont des enfants que de ceux qui n’en ont pas – un énorme marché évalué à quelques trilliards de dollars par le cabinet Bartner – les vendeurs d’anxiolytiques envisagent d’interrompre toute production, ce qui sème un vrai vent de panique dans l’élite nationale. Ils sont conseillés par les fédérations de taxis.

Espérons qu’au lieu d’interdire une telle initiative, certes discutable, le gouvernement comprendra qu’il peut en limiter les excès, taxer normalement les revenus qui en découlent et s’en servir pour pousser au changement associations et entreprises qui s’y refusent.

Cet article a été publié par La Tribune le 4 novembre 2015.

Photo Wikimedia

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Vincent 26/02/2016 15:52

Mais pourquoi écrire ce vrai/faux article ?