Un prix pour l’innovation sociale

Publié le 6 Octobre 2015

Un prix pour l’innovation sociale

Ordinateurs, téléphones mobiles, web et internet peuvent-ils contribuer, avec le cloud, le big data et tout ce qui fait les TIC d’aujourd’hui, à rendre notre monde meilleur ? La première réponse simple est « oui ». La seconde est « ça ne suffit pas. » L’ensemble est plus compliqué dans la mesure où, en France notamment, on tend à passer sans vergogne du rejet pur et simple à l’adoption suiviste (sous l’effet de la mode). Mais la question n’a guère de sens quand elle est posée en termes abstraits.

Les plus sceptiques parmi ceux qui, pourtant, veulent que le monde bouge, s’engagent de préférence dans l’innovation sociale.

Pour Wikipedia en français « L'innovation sociale fait référence à toutes stratégies, concepts, idées et organisations qui répondent à des besoins sociaux de toute nature liés aux conditions de travail, d'apprentissage, de la santé, du développement de communautés et dans une certaine mesure qui viennent fortifier la société civile ».

La version en anglais reprend une définition donnée par l’école de Business de Stanford (qui publie une belle revue sur le sujet) pour laquelle « Une innovation sociale est une solution nouvelle apportée à un problème social. Elle est plus effective, plus efficace et plus juste que les solutions actuelles. La valeur créée revient principalement à la société dans son ensemble plutôt qu’à des particuliers ».

Pas de technologie dans tout cela. Pas besoin en tous cas. Mais quel rôle peut-elle jouer ? Selon Christian Vanizette, co-fondateur de MakeSense.org : « Sa spécificité c'est qu'elle prend en compte les hommes, les femmes, leurs habitudes cultures et croyance pour les inclure dans la solution imaginée ». Son besoin tient au fait que « Pour résoudre les problèmes sociaux à grande échelle il est nécessaire de compléter l'innovation technologique par l'innovation sociale ».

C’est le maillon qui manque dans trop de projets. Par exemple quand on se préoccupe de donner l’accès au crédit au moyen d’un téléphone mobile sans se soucier d’aider les bénéficiaires à modifier leur comportement, à investir plutôt qu’à consommer, à développer la solidarité entre eux. Au total, estime Vanizette : « Les entrepreneurs sociaux mêlent les deux types innovations (technologique et sociale) pour résoudre à grande échelle les problèmes que doivent affronter, non pas des machines mais des êtres humains avec leurs habitudes, croyances et émotions ».

Il y a donc un lien. A chacun de mettre le curseur où il l’entend.

Google, comme Facebook et d’autres, s’efforce d’encourager l’adoption et le recours aux TIC par les associations et autres groupes de la société civile dans leur effort pour améliorer le monde. C’est du bon business, dans la mesure où cela contribue à augmenter le nombre d’utilisateurs des TIC, mais il y a de pires façons d’utiliser ses ressources.

Il a ainsi lancé un prix de l’entreprenariat social baptisé Google Impact Challenge. Après les États-Unis, le Brésil, l’Inde, la Grande Bretagne et le Japon il est attribué cette année à des startups françaises.

Parmi les 10 finalistes – j’écris ces lignes alors que les résultats ne sont pas encore connus – j’ai repéré Jaccede.com dont les membres travaillent à rendre nos villes plus accessibles (déjà mentionné dans La Tribune), Voxe.org dont les outils peuvent faciliter la participation citoyenne et Banque Alimentaire Du Rhone dont l’application permet aux petits commerçants de faire don de leurs invendus alimentaires encore consommables à des associations locales. TicketForChange.org « s’adresse au déclic du passage à l’action » dont nous avons tous besoin. Curieusement le projet est né en Inde comme MakeSense (disclaimer : que je connais depuis plusieurs années) qui met surtout l’accent sur la création de communautés pour aider les entrepreneurs sociaux du monde entier à relever leurs défis.

Ceux et celles qui trouveront cette version online peuvent encore VOTER jusqu’au 8 octobre à minuit. Ceux et celles qui liront la version papier devraient aller voire les résultats. Ils y trouveront un fabuleux bouquet d’entreprises françaises qui tentent vraiment de faire bouger le schmilblick.

Photo Wikimedia

Cet article a été publié par La Tribune le 6 Octobre 2015.

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