L’internet des objets concerne-t-il les citoyens ?

Publié le 28 Octobre 2015

L’internet des objets concerne-t-il les citoyens ?

Menue, blonde, 33 ans, mère de famille, ingénieure en informatique, Alicia Asín est co-fondatrice et CEO de Libelium, une entreprise de 50 employés spécialisée dans l’Internet des Objets (IdO) basée à Zaragoza en Espagne. Je l’ai rencontrée à Barcelone où elle était venue pour la conférence IoTshifts le 19 octobre dernier. Une petite boîte à l’assaut d’un des développements les plus énormes de ces dernières années dont il est essentiel de mesurer l’impact sur le développement de nos villes.

Le terme Internet des objets se réfère à l'installation de capteurs reliés à l'internet. Ces connections expliquent que les enjeux dépassent largement le nombre d’objets connectés estimés à 5 milliards aujourd’hui (une augmentation de plus de 30% en un an). Ils devraient dépasser les 20 milliards en 2020 (certains experts parlent de 50 milliards).

Selon un site spécialisé de l’Université de Harvard l’IdO permet d’introduire « des objets anciennement inanimés dans le monde dynamique des technologies de l’information. Il englobe une gamme de technologies allant des capteurs qui surveillent les conditions environnementales à des étiquettes RFID qui peuvent permettre aux utilisateurs d'interagir avec les objets. Dans le monde de l'IdO, tout objet produit des données qui peuvent être recueillies et analysées ».

Selon le cabinet Gartner, les villes utilisent plus d’un milliard d’objets connectés en 2015 et en utiliseront près de 10 milliards en 2020.

Les fondateurs de Libelium – Alicia Asín et David Gascón – se sont lancés dans cet univers dès 2006 « contre tous les conseils qui disaient alors qu’il ne fallait pas toucher au hardware » m’a expliqué Alicia. Ils ont pourtant choisis de « mélanger réseaux et capteurs et de s’attaquer à tous les domaines d’un coup, puisqu’en définitive il s’agit toujours de la même chose : mesurer et transmettre ».

Leurs produits sont essentiellement constitués de capteurs et de passerelles (gateways) leur permettant d’envoyer les données à n’importe quelle plateforme connectée à l’internet. C’est ainsi qu’elle vient d’ajouter à ses produits l’accès, pour le développement des villes intelligentes, aux protocoles de communication de Sigfox, l’entreprise française installée à Toulouse, à moins de 400km, juste de l’autre côté des Pyrénées.

Nous sommes en pleine vision technocentriste (la datapolis qu’il faut distinguer de la participolis qui repose sur les humains et leur participation au design et à la gestion des villes). Et pourtant, ces capteurs connectés réduits à leur plus simple expression peuvent aussi être utilisés par les citoyens.

Un des meilleurs exemples m’a été donné par mes étudiants de la Paris School of International Affairs de Sciences-Po qui, au printemps, avaient déniché Oxford Flood Network, un « réseau construit par les citoyens pour détecter les niveaux d'eau dans et autour de Oxford et fournir des données hyper-locales sur les inondations » utilisables par les entreprises aussi bien que par les citoyens.

Libelium s’est inscrite dans la même logique au moment du drame de Fukushima en « donnant quelques capteurs de radiations et en en vendant d’autres à très bas prix », m’a expliqué Asín. « Trois semaines plus tard, nous avons pu constater que les gens partageaient les données de manière ouverte en créant, en temps réel, une carte des lieux contaminés indépendante du gouvernement et des médias. Ça nous a permis de voir, pour la première fois le potentiel des citoyens dans ce domaine ».

Reste un problème difficile à surmonter : le prix d’autant plus élevé des capteurs qu’ils sont plus sophistiqués et mis régulièrement à jour. Une batterie installée sur un balcon pourrait être fort utile pour la mesure de la pollution de l’air. Mais son coût se mesurerait en centaines d’Euros. « Les citoyens ont besoin de motivation » estime Asín. « Les municipalités devraient envisager des réductions d’impôts, ça leur coûterait moins cher », ajoute-t-elle. Dans un processus totalement transparent cela permettrait une meilleure rationalisation des décisions et « une meilleure démocratie », conclue-t-elle.

Photo Pixabay

Cet article a été publié par La Tribune le 28 octobre 2015.

Commenter cet article