Bordeaux : vibration et méthode

Publié le 31 Mars 2015

Bordeaux : vibration et méthode

Bordeaux s'efforce de manière cohérente de rentrer dans la catégorie des villes intelligentes. Légèrement édités et raccourcis, les propos qui suivent proviennent d'un entretien récent que j'ai eu avec l'un des concepteurs de cette stratégie : Antoine Bidegain, chargé de mission action digitale auprès de la Direction Générale de l'Innovation et des Systèmes d'Information.

Ville intelligente – "La smart city commence par une vibration. Celle de l’expression du désir des gens, de leurs besoins ressentis, celle d’une vision qui change le jeu. Ceci peut être accidentel, et la provenance parfois inattendue : des individus, des collectifs...

"Mais il faut ensuite passer par de nombreuses couches nécessaires à la mise en œuvre. La motivation doit être forte car, d'un point de vue organisationnel, il faut que les élus comprennent et veuillent ce changement, et bien sûr qu'on dispose de structures capables de porter le projet.

Le digital est premier – "Bordeaux a fait du numérique une priorité. Certains prônent une approche "transversale". Bonne intention. Mais ça veut dire, de façon sous-jacente, que le numérique est mis "au service de…". Avec le risque de se limiter à de la bureautique, des progiciels ou des SI, et donc à la réédition de l'ancien par le nouveau. Ça n'est pas comme ça qu'on rend une ville intelligente.

"Le digital chez nous est "premier". Nous comprenons qu'il change la façon dont les gens conçoivent leur sociabilité et rend émollientes certaines structures hiérarchiques. Il est premier parce que structurant, comme toutes les révolutions. On ne disait pas que la révolution industrielle était "au service de l’agriculture"...

Définition des contenus – "Nous voulons des infrastructures intelligentes et co-construites. Le haut débit sans vision peut être vain. Il faut impulser les usages qui vont avec, en même temps qu'on l'installe.

"Notre capital premier réside bien dans les gens et les talents. Bordeaux attire ainsi une partie de la classe créative. Il nous reste à transformer ce capital en croissance.

"Il n'y a pas assez de développeurs en France et il faut du colbertisme dans ce domaine. Nous devons augmenter la production de talents numériques. Ceci passe aussi par un travail particulier d'orientation en direction des femmes. C'est une question d'équité sociale et de performance économique.

"L'éducation numérique joue un rôle clé. En association avec les enseignants, nous avons installé un tableau numérique interactif connecté dans chaque salle de classe des écoles élémentaires. L'objectif est de donner tôt les appétences et les compétences à chacun.

Une question de méthode – "Au fond, tout est dans la méthode, rien que dans la méthode. Nous devons nous affranchir de la linéarité : "on prépare un budget, on engage un consultant, on cherche un prestataire, on livre un produit". Ceci peut marcher pour les infrastructures (et encore), ça ne donne pas l'agilité requise pour les usages.

"Pour ça il faut pouvoir recevoir des propositions de sociétés locales qui développent des prototypes. Cela demande de l'agilité dans le sens "lean startup". Par exemple nous avons accompagné la société Stantum qui développe des tablettes conçues pour les enfants. On les a déployées vite pour voir la réalité de l'usage. Il faut adapter cette démarche aux services publics, avec des complexités juridiques. Nous défrichons.

"Échouer n'est pas grave. Et il faut le dire, introduire la notion d'essai, mais bien sûr sans compromettre les finances publiques. C'est possible si on l'autorise, si on l'écrit, si on évalue, si le cadre méthodologique est clair. Il faut autoriser les petites impasses, bien contrôlées.

"La collectivité doit aussi accepter une part inévitable d'inertie. Nous pouvons faire des efforts pour devenir "lean" et vif argent mais nous ne serons jamais une startup de 4 geeks... Et nous n'avons pas vocation à faire de la R&D, mais nous pouvons être les premiers sur la massification réussie, sur la généralisation des usages quand le bienfait en est avéré. Nous devons choisir le niveau et le stade auquel nous intervenons dans l'innovation de la smart city".

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Cet article a été publié par La Tribune le 31 mars 2015.

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