Mais d’où vient cette idée bizarre de « ville intelligente » ?

Publié le 5 Janvier 2015

Mais d’où vient cette idée bizarre de « ville intelligente » ?

C’est grâce à Bill Clinton que les occidentaux se sont mis à parler de « smart cities ». Mais les Coréens se sont lancés plus tôt sur une piste semblable avec un nom qui n’a pas pris. Les autres ont suivi le mouvement.

L’idée semble être sortie d’un défi lancé en 2005 par l’ancien président des États Unis à John Chambers, président de Cisco, le fabriquant d’équipements pour réseaux digitaux : pourquoi ne pas utiliser ses fascinants outils technologiques pour rendre les villes plus durables.

L’entreprise lança une recherche sur le sujet (avec un budget de 25 millions de dollars) dont elle décida de commercialiser les résultats en 2010. En 2008, IBM se joint à la ruée vers l’or (les villes intelligentes sont le plus gros marché TICdes années à venir) avec son initiative « Smarter Cities».

Clinton avait vu la convergence de deux des grandes r-évolutions de ce début de siècle : l’urbanisation massive et l’explosion des technologies de l’information… qui n’avait pas échappé aux acteurs sur le terrain. Lors du deuxième Sommet mondial des Autorités Locales sur la Société de l’Information qui s’est tenu en 2005 à Bilbao, les participants ont « défini une stratégie commune » d’accès de leurs territoires aux TIC. C’était la première fois que ce genre de réunion organisée par l’ONU et traditionnellement réservée aux états, était ouverte aux autorités locales, aux entreprises privées et à la société civile.

La tendance s’est accélérée en 2008 explique le chercheur Anthony Townsend dans son excellent livre Smart Cities: Big Data, Civic Hackers, and the Quest for a New Utopia. C’est l’année de trois points d’inflexion déterminants pour le monde entier, trois dépassements : la population rurale par l’urbaine ; le nombre des lignes fixes (DSL, câble ou fibre optique) par les utilisateurs de lignes à haut débit sur mobile ; le nombre d’humains en ligne par les objets connectés.

Mais on a tort de ne regarder que l’occident. Dés 2003 la Corée du Sud a commencé à mentionner dans ses documents officiels l’existence d’une stratégie reposant sur la notion d’informatique omniprésente (ubiquitous computing). Ça allait du u-network à la u-society, du réseau omniprésent à la société connectée, pour déboucher sur une u-Korea. Le « u » représente l’ubiquité des TIC et la volonté d’en tirer parti au maximum pour développer le pays et faire évoluer la société. C’est donc sous le nom de u-cities que les villes intelligentes ont officiellement été inscrites au programme du gouvernement en 2006.

« En 2004, les Coréens avaient accès à l’internet de n’importe où, à n’importe quel moment, avec n’importe quel appareil » m’a rappelé Jong-Sung Hwang, responsable du big data pour la ville de Séoul. « Mais nous avons démarré trop tôt et, ni la technologie ni le marché n’étaient assez développés pour soutenir notre vision et notre effort.»

En 2005, la Corée a lancé un plan de 12 u-cities dont le seul succès, selon Hwang, est Songdo, ville entièrement nouvelle dont il attribue la réussite (relative) au fait qu’elle a pu « intégrer l’infrastructure » posée avant les immeubles. Mais il reconnaît qu’elle « est restée figée à ce niveau qu’elle doit maintenant dépasser » pour accéder à la dimension sociale. Un retard d’autant plus notable que le concept a été lancé dès les années 1990, m’a expliqué Scott Summers, vice président de Gale International, l’entreprise américaine chargée de mener à bien le projet sur lequel elle a commencé à travailler dès 2001.

Notons enfin que la Chine s’est lancée sérieusement dans l’aventure des villes intelligentes à partir de l’exposition universelle de Shanghai en 2010.

En Europe, sensible à l’idée et active dans ce domaine, l’impulsion est donnée depuis un certain temps déjà par des villes comme Amsterdam ou Barcelone. Mais la communauté s’y est mise sérieusement en 2010.

Dernière venue, l’Inde qui a, des problèmes énormes d’urbanisation, entend mettre les bouchées doubles. Dès son arrivée au pouvoir en mai 2014, Narendra Modi a promis de construire 100 villes intelligentes au plus vite et alloué un budget d’un milliard d’Euros à cet effet.

Photo Flickr

Cet article a été publié dans La Tribune le 5 janvier 2015.

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