Quand Uber sera un verbe

Publié le 14 Novembre 2014

Quand Uber sera un verbe

Uber et AirBnB, les porte-drapeaux de ce qu'il est convenu d'appeler l'économie du partage ou de la collaboration (de manière un peu abusive) se heurtent à des difficultés croissantes. Mais le modèle s'infiltre à tous les niveaux.

Les problèmes de ce genre de compagnies proviennent souvent du fait qu'elles appliquent à la couche physique du monde dans lequel nous vivons ce qui vaut dans la couche digitale. Législateurs et municipalités leur rappellent que ce qui est acceptable on line (le fait qu'une plateforme n'est pas responsable du contenu posté par ses utilisateurs, par exemple) ne s'applique pas nécessairement quand la vie des personnes réelles est engagée, explique un excellent article du New York Times.

Mais le modèle est en train d'essaimer. Prenons Uber par exemple, cette entreprise de voitures avec chauffeur qui est la hantise des taxis établis. Elle, et ses semblables, offrent un meilleur service pour moins cher comme le montrent certaines études récentes. Ce qui veut dire en termes presque élégants que les compagnies de taxis sont "foutues" si elles ne changent pas.

Le modèle n'est pas difficile à copier et, aux États-Unis, nous avons, entre autres, Lyft (très semblable à Uber) et Sidecar (Side.cr, une app qui met en contact les voisins qui vont dans la même direction). L'extension à d'autres services est plus convaincante encore.

Uber elle-même vient de lancer UberRush à New York pour la livraison de petits paquets. Elle avait été devancée par Shyp.com. A Hong Kong, elle s'est associée avec la startup Secret Ingredient pour un test de livraison de repas "prêts à cuire". Il ne s'agit là que de quelques gouttes d'eau dans une marée montante comme l'indiquent l'existence, entre autres, d'une uber pour les fleurs (BloomThat) ou d'une autre pour le linge à laver (Washio).

Shuddle.us se présente comme une "Uber pour les enfants". Comme le fait remarquer Hunter Stuart sur le Huffington Post: "Les parents avaient l'habitude de [leur]dire de ne jamais monter en voiture avec un étranger. Maintenant ils payent pour avoir ce privilège." C'est peut-être la limite de l'exercice, tant les risques sont réels.

L'idée devient suffisamment générique pour qu'on commence à l'appliquer dans plein de domaines. LuxeValet.com est une application (valable à San Francisco pour le moment et seulement disponible sur iOS) qui permet d'engager quelqu'un pour garer sa voiture quand on va au restaurant dans un endroit à la mode.

En Chine, au moins deux services connectent les intéressés avec des femmes et des hommes de ménage : 1jiajie.com et Ayibang.com. Le modèle "Uber" est si répandu et s'étend à tant de domaines qu'on peut, sans grand risque, imaginer qu'il devienne un verbe (c'est plus facile que AirBnB). C'est en tous cas ce que semble indiquer un récent article du New York Times au titre provocateur : "Can you Uber a Burger?".

Victor Hwang, auteur du livre "The Rainforest" (dont j'ai déjà parlé) pense que l'impact de ce nouveau "marché de freelances" (le terme n'est pas de lui mais semble plus approprié qu'économie du partage) pourrait fort bien réduire le PIB des États-Unis et de l'ensemble des économies développées. Certaines des entreprises dont je viens de parler peuvent pratiquer des prix qui semblent abusifs ou traiter de manière inhumaine les gens qu'ils font travailler. Mais Hwang aborde un tout autre angle.

Le PIB (ou GDP pour les Américains) mesure ce qui se dépense, se gagne ou la valeur ajoutée dans un processus or, pour fabuleux qu'ils puissent être, les services de la consommation collaborative se mesurent difficilement. Hwang estime que la baisse pourrait déjà s'élever à plus d'un demi milliard de dollars et ne peut que s'amplifier.

C'est une bonne chose et Hwang pense qu'une telle tendance devrait nous entraîner à mieux mesurer ce que nous utilisons plus efficacement. Un PIB plus bas ne devrait pas nous inquiéter," dit-il, "tant que la perte est plus que compensée par une utilisation plus efficiente de ce que nous avons. " Avant d'ajouter pour conclure "et si ça rend les chauffeurs de taxis plus aimables, je suis à fond pour."

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Crédit photo : Flickr/CC/Emanuele

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Super article, mais émouvant..

Fabien Lyraud 13/12/2014 13:10

Un ami qui a vécu un peu en Amérique Latine ( en République Dominicaine entre autre) m'avait explique que justement les taxis étaient concurrencés par les caros publicos, équivalent du service que propose Uber. Mais là bas c'est un service complètement décentralisé proposé par de petits entrepreneurs individuels et chaque caro public tourne sur un seul quartier, là où les taxis rayonnent sur une ville entière.