Innovation : + de gouvernement, - d’universités

Publié le 6 Mai 2014

Innovation : + de gouvernement, - d’universités

Le gouvernement joue un rôle plus important qu’on ne dit dans la création d’entreprises innovantes alors que les universités de recherche sont moins déterminantes. Voilà qui donne à réfléchir.

Le branding idéologique évite presque toujours de parler du rôle de l’Etat dans l’innovation aux Etats-Unis, en particulier à Silicon Valley. D’où l’intérêt du surprenant article écrit par Jim Manzi, parrain du cloud computing et penseur « libertarien-conservateur ».

De fait, on est surpris de lire que « d’importantes couches d’interventions (overlays) gouvernementales ont toujours contribué à renforcer notre économie libre ». Ça a commencé avec Alexander Hamilton au début de la République. La dernière itération connue étant l’invention de l’Internet.

Critique des aides aux entreprises, Manzi demande au gouvernement d’agir sur l’essentiel c’est à dire :

  • « construire des infrastructures » ;
  • investir dans les « technologies visionnaires » ;
  • développer le « capital humain » notamment grâce à l’immigration ;
  • « encourager la compétition » dans les secteurs réfractaires à l’innovation : services publics, éducation et santé.

« Entre son background technologique et ses choix politique, il est à peu près la dernière personne dont ont attendrait qu’il fasse l’éloge du rôle historique joué par le gouvernement dans le développement de l’innovation – ou pour demander que ce rôle s’accroisse ici et maintenant », constate le New York Times.

Le rôle de l’État étant connu depuis, notamment, les travaux de l’économiste britannique Mariana Mazzucato, la surprise tient donc à l’auteur. Ce sont par contre les résultats qui retiennent l’attention dans l’étude de la fondation Kauffman sur le rôle des universités dans le développement des grandes villes américaines.

Silicon Valley et la route 128 près de Boston sont des exceptions. « Les universités spécialisées dans la recherche et les brevets ne contribuent pas à un taux plus élevé d’entrepreneuriat dans leur région » peut-on lire.

Cela ne veut pas dire qu’elles ne sont pas « nécessaires à la croissance économique mais seulement, qu’en moyenne, les effets de leurs recherches ne bénéficient pas localement à la création d’entreprise et à la croissance », précisent les auteurs dans un article de la revue Forbes.

Le niveau d’éducation compte pourtant car « les zones urbaines qui ont le plus de diplômés [niveau licence] sont celles qui produiront le plus de startups ». Surtout dans les TIC.

Dernière constatation : « Les zones urbaines les plus grandes tendent à avoir les taux d’entrepreneuriat les plus élevés, peut-être parce que leurs économies sont plus diverses et résilientes que celles des villes de taille moindre. »

En clair :

  1. Ça n’est pas aux Français qu’il faut dire qu’un peu d’Etat ne fait pas de mal à l’innovation. Mais il est bon de le rappeler à tous ceux qui n’ont en tête qu’une image déformée du modèle américain.
  2. La recherche compte peut-être moins que la capacité d’une ville de séduire les créateurs et son acceptation de la diversité.

A lire aussi sur le site de l'Opinion

Crédit photo : Lauren Manning/Flickr/CC

Commenter cet article