Peut-on poser intelligemment la question des villes?

Publié le 25 Avril 2014

Peut-on poser intelligemment la question des villes?

Je rencontre de plus en plus de gens qui sont contre la notion de ville intelligente ou qui travaillent pour elle sans utiliser le terme parce qu’ils le trouvent inacceptable.

Quelques exemples :

  • A New York, Daniel Latorre trouve que « la rhétorique sur les smart cities repose trop souvent sur une philosophie néo-libérale et technocratique. » Pour marquer la différence, son entreprise de « production civique » urbaine s’appelle « TheWiseCity.org », la ville sage.
  • Toujours à New York, Chris Anderson a organisé une fabuleuse conférence intitulée TEDCity 2.0 à laquelle j’ai assisté en septembre dernier. Mais il s’est bien gardé – même quand je lui ai directement posé la question – d’utiliser le terme « ville intelligente » qui n’a pas été employé une seule fois tout au long de la journée.
  • Plus près de chez nous, la New Cities Foundation, basée à Genève mais dont le siège est à Paris « n’emploie le terme qu’avec beaucoup de précaution » m’a confié Cristian Santibañez qui y travaille à la recherche (Urban (co)LAB) et à la communication.
  • A Hyderabad, l’entrepreneur Srini Raju qui se lance dans la création d’une ville nouvelle dont je reparlerai bientôt m’a expliqué : « La notion de ville intelligente a été lancée par des gens comme moi qui essayent de vendre des technologies de l’information et de la communication. Mais les services pour les citoyens sont beaucoup plus importants. »
  • A Mexico, Gabriela Gomez Montt, directrice du Laboratoire pour la ville, estime tout simplement qu’il faut « mettre en échec le terme de smart city. Nous devons utiliser la technologie sans céder devant les offres de déploiement massif d’infrastructures. Surtout dans une ville comme la nôtre, nous devons d’abord créer le dialogue. »

« De quelle intelligence ton lit doit-il faire preuve avant que tu n’aies peur de t’endormir le soir ? » a demandé un jour l’artiste et innovateur Rich Gold. Ce que Carlo Ratti du Massachussetts Institute of Technology développe en disant que c’est la quantité de données recueillies par les capteurs qui devrait être cause d’insomnies.

Heureusement, Peter Madden, spécialiste de l’innovation urbaine et patron de l’organisation britannique Future Cities Catapult avait bien posé le problème lors du Smart Cities World Congress qui s’est tenu à Barcelone en décembre dernier et dont j’ai déjà rendu compte. Se refusant à voir sa « vie réglée par des algorithmes » il avait évoqué « une tension entre intelligence et participation ».

C’est exactement là que je me situe. Sur cette tension que je retrouve tout au long de l’histoire de l’informatique personnelle. Elle était présente dès les premiers temps à Menlo Park dans la rivalité entre les ingénieurs du Stanford Research Institute qui rêvaient au tout ordinateur et les hippies de Stewart Brand et de Doug Engelbaert qui pensaient en termes d’intelligence augmentée. Il s’agissait alors, largement, de débats d’ingénieurs, mais l’évolution des TIC a montré que quand nous nous en emparons, c’est toujours pour participer.

La communication horizontale est aussi propre à la transformation digitale que nous connaissons que le sont les algorithmes. Et c’est elle qui nous attire, qui nous motive. Nous l’avons vu avec les e-mails puis avec chats, et nous le retrouvons maintenant avec les mises à jour de nos profils sur les réseaux sociaux et le recours massifs aux applications de messageries instantanées. Peut-être devrions-nous parler de participation augmentée.

Or, rien n’interdit d’en faire bénéficier les villes comme le fait, par exemple, Alain Renk avec son application « Villes sans limites », qui permet de s’essayer sur une tablette à imaginer la cité de ses rêves et dont La Tribune a parlé dans son hors-série de décembre 2013 sur Le Grand Paris. Renk est aussi le co-fondateur d’UFO, une startup avec un pied à Montreuil et un à Santa Barbara en Californie, dont le slogan est « We love data, We love cities, We love People ».

Ce qui tend à prouver que ces pôles ne sont pas contradictoires et qu’on peut œuvrer pour tirer le meilleur parti de chacun. Et si c’était là une façon intelligente de poser la question des villes ?

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Crédit photo : Boston public library/Flickr/CC

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Jean Daniélou 28/04/2014 13:55

Nous menons actuellement au PUCA (Plan urbanisme construction architecture) une réflexion sur le concept d'intelligence appliqué à la ville. Les premiers résultats de nos travaux sont accessibles à l'adresse suivante: http://rp.urbanisme.equipement.gouv.fr/puca/arguments/arguments.htm

Briand 28/04/2014 18:56

Oui la notion de ville contributive rend compte d'une attention à l'apport des uns et des autres qui ne va pas de soi et doît être accompagné surtout si on ne veut pas laisser de larges groupes sociaux de côté.
Aujourd'hui les projets de ville "intelligente" sont pour la plupart des projets "techniques" ou de l'information est agrégée traitée dans des systèmes techniques complexes voir une biblio autour de ces questions de sociétés contributives ici : http://tinyurl.com/myfz3z7

Alain Renk 26/04/2014 17:50

J'aime beaucoup la tension entre intelligence et participation... ; )

A propos de l'innaceptabilité du terme "villes intelligentes", le problème est effectivement qu'optimiser numériquement des systèmes urbains dysfonctionnants retarde d'autant les métamorphoses nécessaires (même si c'est agréable de savoir quand arrive le bus). En tant qu'architecte, nous préférons développer un nouvel objectif, les "villes contributives", qui donneraient un rôle émancipateur à la couche numérique. ( voir http://www.link-rp.fr )

Merci pour la citation