JFDI (Just Fucking Do It)

Publié le 13 Avril 2014

JFDI (Just Fucking Do It)

Dimanche midi. Je suis bloqué depuis quatre heures devant mon écran désespérément blanc. Ça m’arrive, mais je ne puis m’empêcher de sourire devant l’amère ironie de la situation : j’essaye d’écrire ma chronique sur l’attitude qui consiste à s’y mettre sans attendre, traduction châtiée du terme anglais « Just Fucking Do It ». De quoi s’agit-il ?

L’expression est populaire chez les codeurs. Quand ils disent « j’ai une idée, mais ne sais pas comment la développer » (ou quand ils commentent ce qu’ils doivent faire et qui va prendre longtemps), ils s’exposent à s’entendre répondre, sous forme de sigle pour bien rendre l’urgence « JFDI ».

C’est devenu une expression clé pour ceux qui ont l’idée de créer une application, un projet, un programme, une entreprise : « JFDI ».

Sis à Singapour, un des plus gros incubateurs de l’Asie du Sud-Est, le Joyful Frog Digital Incubator, a choisi son nom pour que les candidats à la fortune et à la célébrité comprennent bien qu’ils n’ont qu’une chose à faire : « JFDI ».

L’ayant utilisée alors que j’interviewais Nicolás Shea, fondateur de Startup Chile, sur la scène du Forum Netexplo, je me suis vu demander comment on pouvait traduire l’expression en français. J’ai posé la question sur Twitter et me retrouve avec un « Putain, mais fais le! » que les lecteurs de l’Opinion (et ses éditeurs) me pardonneront… si j’en fais quelque chose.

Cette expression « familière » (peut-on encore dire qu’elle est « vulgaire » ?) révèle une attitude exemplaire mais commune chez ceux qui font et refont la couche digitale (web, app, programmes, etc.). Ils fabriquent, sans attendre, produits, services et même leurs outils. Attendre ne leur servirait à rien si l’idée qui vient de leur passer par la tête n’existe pas encore.

On retrouve la même attitude chez les « makers » qui s’en servent pour fabriquer eux-mêmes, à moindre coût, les objets dont ils ont besoin sans attendre qu’une grosse boîte s’y colle et propose une solution onéreuse.

Il en va de même pour les « hackers » qui « explorent les limites du possible » et n’ont donc rien à attendre de qui que ce soit.

Attali nous dit « agissez comme si vous n’attendiez plus rien du politique », de l’État, de votre chef ou de votre pays dans sa chronique « Débrouillez-vous! » (peut-être a-t-il pensé « Démerdez-vous! »). Bon point de départ, pas enthousiasmant.

Même le « Yes we can » dont on nous rabâche les oreilles depuis la victoire d’Obama (qui a moins pu que ce qu’il a promis) est encore contenu. Et si la réponse consistait plutôt à Just Fucking Do It ?

Horrifiés par les cuisses de grenouilles qu’il nous arrive de mander, les Anglo-Saxons parlent volontiers des Français comme des « frogs » (grenouille en anglais). Pour leur montrer de quoi nous sommes capables sans en faire une question de nationalité, inspirons nous de Singapour et lançons le mouvement des Joyful Frogs dont le slogan serait tout simplement « JFDI » ou « PFL ». Changeons d’attitude. Putain, Faisons le! Ah… Sur ma lancée… je viens de déposer le nom de domaine ;-).

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Crédit photo : Stephen Michael Barnett/Flickr/CC

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