Villes intelligentes : addition floue

Publié le 2 Mars 2014

Villes intelligentes : addition floue

Quand on vous parle de ville intelligente mettez vite la main à votre porte-monnaie. Mais soyez patients : le montant de l’addition restera flou et vous aurez du mal à savoir ce qu’il vous revient de payer.

Le premier problème est que demander combien ça coûte ne mène pas très loin.

  • Parce que les devis ne donnent qu’une idée approximative des coûts réels. Comme quand vous construisez votre maison. En pire.
  • Mais aussi parce qu’un projet innovant commence toujours sur la base d’appareils nouveaux dont le coût décroît à mesure que l’adoption augmente. Une bonne excuse pour ne pas être précis.

Au niveau des investissements, pourtant, le problème est relativement simple à poser. Installer l’infrastructure avant de construire la ville revient moins cher. Mais cela n’est possible que dans les projets partant de zéro comme Songdo (Corée) ou Masdar (Abu Dhabi) qu’il est long et difficile de transformer en villes véritables. Il s’agit alors de coûts sociaux difficiles à comptabiliser.

Dans les villes existantes, l’installation d’un système centralisé, comme à Rio, ne se justifie que dans le contexte d’une opération de prestige comme l’organisation du Mondial de foot et des Jeux Olympiques. Et encore. Dans un cas comme dans l’autre le recours aux capteurs est beaucoup plus cher qu’on ne le dit et n’est couramment utilisé que pour les caméras de sécurité.

Tout cela pour obtenir des données. Mais le nombre de clients intéressés est limité m’a expliqué Monica Posada responsable de la R&D de Bimar une société installée à Singapour et qui offre des informations géolocalisées en utilisant des technologies suisses :

  • Les municipalités qui veulent comprendre l’évolution de leur ville
  • Les grands centres commerciaux qui cherchent à tirer le meilleur parti des déplacements de leur clientèle.
  • Les développeurs qui ont besoin de données pour alimenter les applications qu’ils proposent aux utilisateurs.

Reste une question qui n’est jamais posée : celle de l’entretien. Elle se pose très vite au niveau des foyers. Ainsi Songdo, ville nouvelle coréenne au sud de Séoul, propose-t-elle dans sa publicité des centres de télé-présence dans chaque appartement. Ces appareils conçus par Cisco permettent des échanges vidéos qualité science-fiction. Mais il ne s’agit, pour le moment, que d’un projet pilote portant sur 50 foyers.

U.Life Solutions, l’entreprise chargée du service s’est procurée 1 500 appareils qu’elle se propose de céder en échange d’abonnements… dont elle n’a pas encore établi le montant.

« La question difficile est celle des coûts post installation », m’a expliqué le professeur JungJoo Jahng, professeur à la business school de l’Université Nationale de Séoul. « Ça inclut l’entretien et les mises à jour. Ils doivent être assurés par les impôts, la publicité ou les abonnements. Il arrive même que ces appareils et ces services ne soient jamais utilisés en raison des coûts. C’est la source de bien des migraines ».

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Crédit photo : Weli'mi'nakwan/CC

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