Singapour : des hackers dans la ville

Publié le 4 Mars 2014

Singapour : des hackers dans la ville

Nous devrions tous pouvoir participer à l’amélioration de nos villes. A Singapour les hackers s’y emploient à coup de rendez-vous au noms bizarres et légèrement rébarbatifs : les hackatons. C’est moins compliqué qu’il ne semble, et ça marche.

Quelques précisions de vocabulaires s’imposent. Contrairement aux idées reçues, les hackers sont des gens qui tout simplement aiment jouer avec les technologies, les démonter pour voir comment elles fonctionnent et les améliorer. Ils sont utiles.

Les hackatons sont des réunions de hackers qui couvrent généralement un week-end pendant lequel ils se lancent des défis et tentent de résoudre des problèmes, de mettre au point des prototypes. Ça leur permet de trouver de nouvelles applications, de concevoir de nouveaux produits et d’ébaucher de nouvelles startups. Ils espèrent y attirer l’argent d’un investisseur ou d’un patron en quête de talents. Restait à les mettre au travail sur les questions urbaines.

S’inspirant de l’expérience de SummerOfSmart à San Francisco Newton-Circus, une entreprise singapourienne, a décidé, en 2012 d’organiser une première réunion de « prototypage urbain » m’a expliqué Ciaran Lyons, un des partenaires.

La difficulté était d’obtenir les données sur lesquelles faire travailler les développeurs. Le gouvernement avait bien créé Data.gov.sg un site officiellement « open data », mais elles y étaient publiées sous forme inutilisable (en PDF dans certains cas) ou vendues à des prix exorbitants. « Personne ne s’en sert » disaient les officiels en guise d’excuse. « Parce qu’elles ne sont pas utiles ou pas sous cette forme » leur a répondu l’équipe de Newton-Circus. Silence poli. Mais dans le même temps ils allaient voir les entreprises du secteur privé – l’opérateur de télécom Singtel parmi d’autres – qui ont accepté de partager certaines données en leur possession.

« Forts de cette ouverture nous sommes retournés voir le gouvernement qui nous a donné un meilleur d’accès » poursuit Lyons. Et c’est ainsi qu’ils ont ouvert une sorte de cercle vertueux qui commence à porter ses fruits : une longue série de hackatons.

Le premier a eu lieu en juin 2012. Une vingtaine de prototypes en sont sortis, allant de la prédiction des places de parking disponibles à la participation des usagers dans la détermination de la température idoine pour l’air conditionné d’un immeuble. Le second avait des objectifs plus sociaux comme d’aider les mères célibataires à trouver du travail réalisable à domicile.

L’initiative a décollé en 2013 avec la réalisation de 9 hackatons dont un demandé par l’Agence nationale chargée de l’environnement. Des applications plus sophistiquées sont apparues et, chaque fois entre 100 et 200 hackers ont participé à l’aventure. Le tout est coordonné sur une plateforme baptisée UpSingapour.

« Singapour n’est pas un gros marché mais c’est un excellent laboratoire », explique Lyons. Ces réunions permettent de tester des solutions. Et peu à peu le gouvernement met plus de données à la disposition des hackers qui travaillent maintenant aussi bien sur les problèmes de transports publics que d’énergie ou de logement. « Ça permet de faire des tests rapides et de voir ce qui est faisable », précise Lyons.

L’enseignement est clair. Ces hackatons répétés permettent de mettre en place une double dynamique dans laquelle le gouvernement et les grosses entreprises s’ouvrent à l’open data alors que geeks et jeunes entrepreneurs cherchent des solutions au problèmes de la ville.

« Nous avons créé un grand nombre d’étincelles. Reste à trouver comment le feu peut prendre », explique Lyons. Le plus dur est, peut-être, de faire accepter ces idées fugaces provenant d’inconnus par les institutions et les corporations. « Même quand l’idée est excellente, ils se demandent comment avoir confiance ».

La réponse, aujourd’hui, consiste à s’intéresser moins aux projets et plus aux équipes, aux petites startups déjà existantes. « Il y a tellement d’idées qui sortent que nous n’avons pas d’autre choix que celui de continuer. Mais il nous faut trouver comment transformer tout cela en actions ». Ils sont bien partis.

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Crédit photo : Buenos Aires data

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