Pour une république de geeks ?

Publié le 13 Janvier 2014

Pour une république de geeks ?

« Tout le monde et son frère » (anglicisme approprié) veut créer des écosystèmes innovants.

Certaines vedettes de la Silicon Valley demandent l’autonomie pour permettre aux innovateurs de prospérer plus vite.

Que penser d’une telle république d’ingénieurs et d’entrepreneurs ?

  • Tim Draper, capital-risqueur connu propose de diviser la Californie en six Etats. J’ignore s’il est sérieux mais il a l’argent voulu pour soumettre sa proposition à référendum.
  • Peter Thiel, fondateur de Paypal, a mis 1,25 million de dollars dans la création d’îles flottantes qui seraient autant de « colonies autonomes ».
  • Balaji Srinivasan met la sécession à l’ordre du jour. Il veut transformer la Silicon Valley une zone autonome d’innovation. Entrepreneur, il donne des cours à Stanford et vient de s’associer avec la firme de capital-risque créée par Mark Andreessen, créateur de Mosaic, le premier navigateur Web.

Le plus souvent discrètes sur les avantages en termes d’impôts, les propositions avancent des arguments en faveur de l’innovation.

La sécession d’une partie de la Californie me semblerait amusante si elle ne traduisait pas l’arrogance croissante des entrepreneurs du coin.

Déjà en 2010 Google avait défié la Chine comme aucune entreprise privée ne l’avait fait face à une grande puissance depuis la compagnie des Indes.

L’impact des riches de la Silicon Valley fait des ravages à San Francisco. L’un d’entre eux a déclaré une guerre des mots contre les SDF, les pauvres et les femmes… censées n’y rien comprendre à la culture des geeks…

Et rien n’indique qu’ils vont se calmer. La récente entrée en bourse de Twitter a créé 1 600 nouveaux millionnaires qui trouvent que vivre dans la City est plus amusant que dans la Valley.

Un des gros problèmes des villes intelligentes est qu’elles sont conçues par des ingénieurs, et sans pauvres, sans la diversité du monde réel.

La pire contradiction est qu’en poussant la diversité hors de la ville, ils tuent ce qu’ils reconnaissent comme indispensable à l’innovation : la possibilité de rencontres non programmées avec des gens différents qu’ils ne conçoivent qu’en milieu aseptisé.

Nous avons vraiment besoin des TIC et des entrepreneurs mais la gestion de la société est une chose beaucoup trop grave pour être confiée à des ingénieurs et à des hommes d’affaires, nous aurait dit Clemenceau.

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Crédit photo : CC/Wiredforlego

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