Innovation : quel classement pour la France ?

Publié le 18 Novembre 2013

Innovation : quel classement pour la France ?

Classée 3e par Thomson Reuters, la France n’est que 20e pour l’INSEAD. Les deux mesurent l’innovation, pas de la même façon. Comprendre les différences entre ces approches est au cœur de la définition d’une politique efficace.

  • Prenant en compte le nombre de brevets déposés, la proportion de ceux qui sont acceptés, leur portée géographique et leur notoriété, le premier classement donne le beau rôle aux grosses entreprises. Les « vieilles » Michelin, Saint-Gobain et L’Oréal y figurent bien, mais aucune jeune pousse.
  • Plus sophistiqué (82 indicateurs), le classement de l’INSEAD (avec L’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle et l’Université Cornell) tient compte des efforts dans l’éducation, des conditions des investissements, voir de l’état d’esprit.
  • L’innovation, en fait, n’est pas qu’une affaire de R&D et de brevets. « Là n’est pas le sujet », m’a déclaré Fleur Pellerin, ministre déléguée aux PME, à l’Innovation et à l’Economie numérique, dans une entrevue publiée sur le site du Monde.fr. « L’innovation se traduit par un nouveau produit ou un service qui satisfait un besoin et trouve un marché : c’est une grande différence avec la production de connaissances et de technologies ! »

Cette confusion explique en partie pourquoi la France piétine en innovation par rapport à sa puissance économique. Y remédier n’est pas facile.

  • Ça commence à l’école. Où il faut à la fois enseigner à coder et donner aux enfants « dès le plus jeune âge, des notions économiques de base : qu’est-ce qu’une entreprise, qu’est ce qu’un bilan ? », en renonçant aux visions idéologiques de l’entreprise.
  • Les professions organisées bloquent, comme l’ont fait les taxis qui sont parvenus à freiner le recours aux VTC (voitures de tourisme avec chauffeur).
  • Il y a aussi « un enjeu de modernisation de la classe politique » qui tend à préserver rentes et rentiers face à l’innovation et à protéger les avantages acquis alors qu’il faut « bousculer l’existant ».

Les plans concrets abondent mais c’est la nature de la problématique qu’il faut changer.

  • D’abord en acceptant que c’est un sujet politique. Pour Fleur Pellerin, « c’est la seconde chance, c’est la confiance en tous les talents, c’est la remise en cause des ordres établis, c’est l’ascenseur social contre la reproduction des élites… C’est donc un enjeu considérable pour la gauche ! »
  • Mais ça concerne toute la culture politique française. La gauche doit arrêter de confondre entrepreneuriat et entreprise et la droite d’assimiler, gérer et entreprendre.
  • L’État doit changer sa façon d’intervenir et se consacrer à « créer un environnement favorable à l’innovation plutôt que d’essayer de se substituer aux acteurs de l’innovation. »

Anne Lauvergeon a proposé « d’instaurer un principe d’innovation, fondé sur l’acceptation du risque en reconnaissant davantage le droit à l’échec ». Cyrille Lachèvre remarquait fort justement dans l’Opinion du 13 octobre qu’une « telle idée, si elle était suivie d’effet, marquerait une rupture dans la pensée française ».

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Crédit photo : CC/Dave Ellis

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