De l'intérêt des villages intelligents

Publié le 12 Novembre 2013

De l'intérêt des villages intelligents

Les villes intelligentes sont encore une perspective lointaine en Afrique. Mais le joker pourrait se trouver dans les "villages intelligents" que le Rwanda essaye de mettre en place. Un projet qui mérite qu'on y réfléchisse en Europe aussi, dans la mesure où il implique toute une conception de l'urbanisation.

"Un village," m'a expliqué Jean-Philbert Nsengimana, ministre rwandais de la jeunesse et des TIC "c'est des habitants, des écoles, des centres de santé, des marchées, des petits commerces, des services administratifs etc… Nous voulons rendre intelligentes toutes ces activités." Et trouver un modèle simple reproductible dans tout le pays.

Dans un article publié dans The Independent, un journal de l'Ouganda voisin, il a écrit : "Imaginez une administration locale entièrement digitalisée. Un village où tous les citoyens ont un téléphone intelligent et savent se servir des TIC. Ils reçoivent services et renseignements sur leur téléphone. Ils évaluent la qualité de leurs dirigeants en utilisant le même appareil.

Les citoyens utilisent leurs téléphones pour payer les produits sur le marché local, recevoir leur pension ou se faire payer quand ils vendent du lait ou du maïs." Dans une telle vision, "tous les enfants des écoles ont un laptop", les professeurs téléchargent les meilleurs programmes. Les centres de santé offrent des soins de qualité grâce à la télémédecine. "

Nsengimana dit "imaginez" mais le Rwanda va tellement vite dans son projet d'informatisation qu'il vient de réviser à la hausse ses objectifs pour 2020. La durée de vie moyenne devrait être alors de 66 ans alors qu'ils avaient prévue en 2000, au moment de lancer leur plan, qu'elle serait de 55 ans. Il faut dire que leur croissance est de 8,2% par an et pourrait dépasser les 11% dans les années à venir.

La difficulté d'atteindre une utilisation optimale des TIC au niveau des villages tient, bien évidemment, à la réalisation. Or "le gouvernement se contentera de fournir l'environnement et l'élément de base qui est la connectivité," m'a expliqué le ministre.

Ainsi, pour déployer une infrastructure 4G-LTE qui permettra l'accès à l'internet à 95% de la population dans trois ans il a passé un accord avec une entreprise coréenne. La fibre optique est déjà installée dans tous les districts (qui correspondent à nos départements). Mais il faut encore assurer "le dernier kilomètre" celui qui, dans les villes, connecte les immeubles au réseau. Dans les campagnes il s'agit de relier chaque village. Restera ensuite à convaincre les entreprises privées de participer à l'installation d'écoles intelligentes et de services de e-santé.

"Nous devons trouver les modèles d'affaire qui conviennent" m'a dit le ministre, "et, pour cela, faire un travail de sensibilisation car, si la demande de services existe, elle n'est pas encore comprise par le secteur privé".

Le plus gros problème est le manque d'électricité. Alors qu'aujourd'hui à peine 16% des ménages y ont accès, l'objectif est de faire monter le taux à 70% en 2018. Dans cinq ans ! Des centrales (dont une géothermique) sont prévues. Mais pour que la distribution soit plus efficace il faut aussi encourager les regroupements. L'urbanisation n'est encore que de 18%, elle devrait atteindre 35% en 2020.

Même si le concept de village intelligent n'est pas très répandu j'en ai trouvé des traces en Malaisie, au Sri Lanka et en Italie. Il pourrait se révéler utile dans les réflexions sur les villes comme le souligne Alline Kabbatende, une consultante Rwandaise. Le projet IBM d'installation d'infrastructure à Nairobi, capitale du Kenya, la rend "un peu jalouse".

Mais, ajoute-t-elle, "J'aime le concept de Smart Village du Rwanda car, outre sa reproductibilité, il cherche à répondre à la question de la migration urbaine en faisant que les services viennent aux gens, et non l'inverse; idéalement, cela devrait réduire la pression sur les villes en faisant que centres ruraux autant qu'urbains fonctionnent et améliorent, l'un comme l'autre, la qualité de vie."

Ne s'agit-il pas là d'une approche utile pour nos campagnes en voie de désertification ?

A lire aussi sur le site de La Tribune

Commenter cet article