Pourquoi les villes sont favorables à l'innovation

Publié le 24 Juin 2013

Tout le monde sait que les villes sont favorables à l'innovation mais personne ne sait vraiment pourquoi. Sans doute devrais-je dire "ne savait" car deux articles scientifiques publiés ce mois de juin par des équipes différentes nous donnent quelques éléments nouveaux. Disons que les hypothèses se précisent.

La première démonstration, strictement mathématique concerne la spécificité des villes. Elle part de la constatation que leurs propriétés socioéconomiques augmentent en fonction d'un coefficient stable (proche de 1,15) par rapport au nombre de leurs habitants.

C'est ce qu'on démontré les recherches réalisées depuis quelques années au Santa Fe Institute par une équipe animée par Geoffrey West et Luis Bettencourt, deux physiciens spécialistes des systèmes complexes. Pour West "à la différence de tout ce que nous avions vu en biologie les villes croissent de façon super linéaire […] Cela veut dire que quand on double la taille d'une ville on a plus que le double de quantités socioéconomiques bonnes et mauvaises - brevets, cas de sida, salaires, crimes, etc."

Quand elles doublent en taille, les bons et mauvais côtés sociaux, collectifs et individuels sont multipliés par 2,3. Phénomène remarquable, ce coefficient est à peu près constant quel que soit le lieu et l'époque.

L'efficacité spécifique des villes tient au fait que les plus grandes sont légèrement plus denses alors que les réseaux de l'infrastructure (rues, tuyaux, câbles) par habitant sont plus petits. "Toutes les villes réalisent à la fois des économies d'échelles spatiales à mesure qu'elles croissent et, simultanément, des gains de productivité socioéconomique" explique Bettencourt. On constate que la vie y est plus chère, que les habitants y sont plus riches et "culturellement et technologiquement plus productifs".

Dans un article publié ce mois-ci par la revue Science (et synthétisé par The Atlantic Cities), Bettencourt montre que la raison pour laquelle les villes sont favorables à l'innovation tient aux relations entre les gens. Au lieu de chercher à expliquer leur importance par la spécialisation des métiers (Adam Smith) ou par la concentration des industries (théories des clusters) il explique que, plus que le nombre de personnes (qui augmente d'une façon linéaire), c'est le nombre de relations possibles entre les habitants qui fait la différence.

C'est en fait une question de "densité des liens sociaux" expose une équipe animée par Wei Pan, un doctorant du Massachussetts Institute of Technology dans un article publié par la revue Nature. En termes simples, ce rôle particulier des villes dans l'innovation tient en bonne partie au fait qu'on y a plus de chances d'y rencontrer d'autres personnes face à face.

Deux éléments jouent un rôle clé :

  • la mobilité rendue possible par les réseaux de transports
  • la présence de multiplies espaces de rencontres et d'échanges – lieux de cultes, cafés, espaces de coworking entre autres (et, pourquoi pas, manifestations).

Ces recherches quantitatives devraient permettre, selon Bettencourt de "saisir les opportunités créées par les villes et d'éviter certains des immenses problèmes qu'elles posent". Au risque de simplifier à l'excès, elles confirment l'intuition et le travail de ceux qui pensent que tout ce qui favorise la communication, la fluidité, la mobilité et les rencontres, c'est-à-dire, la mobilité, la diversité et les espaces ouverts est bon pour l'innovation et pour la richesse des villes et de leurs habitants.

C'est d'ailleurs largement pour s'être développée dans cette direction que Medellín, l'ancienne capitale des narcos colombiens, a été déclarée ville intelligente de l'année par le Wall Street Journal.

La question qui se pose maintenant est de savoir non pas si les villes sont des lieux d'innovation mais si elles sont capables d'innover en tant que villes. Rien ne dit que la taille soit favorable. Il y a peut-être là un paradoxe à creuser.

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