DLD, le TED à l'européenne

Publié le 24 Janvier 2013

Tu reviens de Munich où se tenait la conférence DLD. De quoi s'agit-il ?

C'est une sorte de TED à l'européenne avec un bon mélange de technologie, de sujets "style de vie" et santé et, bien entendu, de business pur et dur.

  • De la même façon que TED veut dire Technology, Entertainment Design – soit technologie, loisirs, design, DLD veut dire Digital, Life ou vie, Design

Elle est co-dirigée par Hubert Burda, un magnat de la presse allemande et par Yossi Vardi l'investisseur israélien dont nous avons déjà parlé plusieurs fois.

C'est la première fois que j'y étais invité et j'ai bien aimé le fait qu'il y a moins de monde que dans d'autres conférences du même genre: autour de mille. Ça donne une atmosphère presque plus intime et qui permet de mieux réfléchir et s'émerveiller.

L'attention au style de vie est un bon choix car il nous concerne tous. J'ai apprecié une présentation du Professeur californien Ornish pour qui une modification du style de vie comprenant exercices légers, régime plutôt végétarien, méditation ou yoga contre le stress et beaucoup d'amour permettent de réduire le diabète, le cancer de la prostate et la tension artérielle. Ca fait sourire mais il fournit plein d'études plutôt convaincantes.

Un des moments qui m'a le plus surpris c'est quand Esteher Dyson une des gourous digitales les plus sérieuses a sorti de son oreille -- sur scène -- une oreillette qui projette une lumière bleue dans ses tympans. Une technologie finlandaise qui permet, selon elle, de combattre le jetlag.

  • L'entreprise s'appelle Valkee et affirme qu'en dirigeant une lumière brillante sur certaines zones sensibles du cerveau on obtient un effet comparable à celui du soleil;
  • il paraît que ça met de meilleure humeur l'hiver. Autant dire qu'ils ont un bel avenir et pas seulement dans les pays nordiques quand on voit le gris et le froid qu'il fait à Paris en ce moment.

Est-ce bien tout ce que tu as vu en matière de technologies ?

Bien sûr que non et pour l'illustrer je mentionnerai qu'une des meilleures discussions s'intitulait Cybergerre, crimes et sécurité. Elle réunissait les représentants de deux des plus grosses boîtes de sécurité informatique Eugene Kaspersky, le patron de la fameuse entreprise de logiciels anti virus du même nom et Mikko Hypponen de F-Secure, une entreprise finlandaise.

On a le droit d'être sceptique quand des gens qui prospèrent en nous vendant de quoi nous protéger disent que nous sommes menacés. L'ennui c'est qu'ils ne manquent pas d'arguments, même Karspersky qui s'est présenté comme l'expert en matière de cybersécurité "le plus paranoïaque du monde".

  • C'est lui qui vient de découvrir à la mi-janvier le virus Red-October [ou octobre rouge] qui a opéré incognito pendant 5 ans dans 39 pays. La quantité d'information détournée d'ambassades, de laboratoires, de centrales nucléaires et autres entités d'importance géopolitique se chiffrerait en centaines de milliers de giga-octets.

Ça n'est pas de la guerre lui a rétorqué Hypponen mais de l'espionnage, une activité à laquelle se livrent tous les gouvernements depuis qu'ils existent. Le problème – ils étaient tous les deux d'accord - est que les logiciels sont maintenant capables de détruire des machines et sont utilisés dans des activités de guerre. C'est le cas par exemple de Stuxnet qui a permis de mettre à mal les centrifugeuses Siemens de centrales atomiques iraniennes.

En fait tout cet arsenal devient si compliqué que Kaspersky, pour nous le faire comprendre, a comparé les premiers virus a des bicyclettes, stuxnet à une navette spatiale et Red October à la station spatiale capable de rester des années dans l'espace.

Les deux estiment, et c'est ça qui compte, qu'une attaque aux conséquences dramatiques est inéluctable. C'est une question de temps. Karpesky se pose même la question de savoir si nous ne devrions pas mettre une limite à toutes ces technologies.

J'imagine qu'il y avait des choses plus plaisantes…

En effet, j'ai personnellement beaucoup apprécié la participation de Peter Arvai le suédois-hongrois co-fondateur de Prezi le logiciel de présentation qui commence à sérieusement bousculer PowerPoint et Keynote.

Il est intéressant pour deux raisons. D'abord par son histoire. Né en Suède de parents hongrois il a lancé sa boîte à Budapest, mais, convaincu qu'il ne pourrait percer que s'il était capable de conquérir le marché américain il est allé s'installer à Silicon Valley. La logique est imparable: c'est le pays, a-t-il dit, où l'on fait le plus de présentations avec support visuel. C'est une question de masse critique. Si l'on convainc 2% du marché américain – ceux qu'on appelle les early adopters, qui adoptent une technologie dès qu'elles sort - ça fait beaucoup plus de monde que 2% de la Hongrie. Sans oublier que le développement en Europe est en outre limité du fait de la multiplicité des langues.

Et puis, dans un entretien que j'ai eu avec lui il m'a expliqué que si, pour raconter une histoire on peut passer de façon linéaire, comparable à ce qu'on fait avec PowerPoint d'un point à l'autre du grand canevas qu'est une présentation Prezi on peut aussi, montrer l'ensemble et s'en servir comme base de conversation, de discussion. C'est sur cette base qu'ils ont conçu leur nouveau service Prezi meeting un outil pour les sessions de brainstorming que j'ai vraiment envie d'essayer. Il présente ça comme la nouvelle génération de tableau noir (ou vert, ou blanc) virtuel et comme "un moteur à innovation". C'est en tous cas une jolie formule…

Billet publié sur l'Atelier des médias, émission de RFI

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