Changer la façon de changer le monde : un festival pour activistes sociaux

Publié le 13 Juillet 2012

[caption id="attachment_841" align="alignleft" width="300" caption="photo: Threat to Democracy"][/caption]

Article original publié sur le blog SFR Faisons du numérique une chance

Qui n'a pas rêvé de conférences TED pour les pauvres, pour les activistes, pour les gens qui veulent changer le monde mais n'ont ni les moyens d'aller à Long Beach ni les connexions pour participer aux versions TEDx qui s'organisent un peu partout dans le monde ? Eh bien des Serbes l'ont fait. Ils appellent ça les conférences SHARE. Les deux premières ont eu lieu à Belgrade. La troisième se tiendra à Beyrouth en octobre. Pendant 48h les 2000 participants parlent de tous les sujets qui intéressent les activistes sociaux : de l'importance de la liberté d'expression avec les membres de la Electronic Frontier Foundation, de comment se protéger contre la censure, des meilleures techniques pour encrypter des messages (il y a même eu un atelier pour aider les enfants à le faire pour garder leurs secrets hors de portée de leurs parents), ou comment partager la musique avec la présence active de Peter Sunde co-fondateur de The Pirate Bay, moteur de recherche pour BitTorrent. Des gens sérieux donc qui n'oublient pas pour autant la notion "amusement", le E (entertainement) de TED. Comment l'auraient-ils pu d'ailleurs puisqu'ils sont nés d'un des plus grands festivals européens de musique : EXIT, organisé depuis 2000 à Novi Sad au nord de Belgrade et dont Vladan Joler (@TheCreaturesLab), un des animateurs clés de SHARE a été le "directeur créatif". Il faut dire que tout ce joli monde vient des mouvements étudiants nés dans l'opposition à Milosevic. Des gens qui ont apporté au monde de nouvelles formes de protestation pacifiques avec humour et un art incomparable dans l'utilisation des médias et de la communication qu'on retrouve dans les inspirations dont se réclament certains révolutionnaires égyptiens et tunisiens, certains contestataires espagnols. Le premier festival EXIT a duré trois mois. 100 jours de musique de rue, de musique publique à la veille des élections. L'idée, m'a expliqué Vladan que j'ai rencontré avec Marc Botte l'ami du Huffington Post-France qui m'aide dans la gestion de mes contenus online, était de "faire une fête, puis de la transformer en désobéissance civile. C'était un modèle étrange pour motiver les jeunes et les amener à protester. Et c'était le seul endroit où les jeunes de Bosnie, de Croatie, de Serbie et des autres pays de l'Ex-Yougoslavie, pouvaient se rencontrer après la guerre." Succès énorme donc qui a fini par ne plus satisfaire les initiateurs. "C'est devenu une sorte d'industrie culturelle," explique Vladan. "Nous avons pensé que sa taille l'empêchait d'aborder certains problèmes limites. Nous avons aussi constaté une évolution classique chez les ONG, celles de la vieille école se transforment en une sorte d'industrie dont l'objectif est de rendre les donneurs heureux. Or nous voulions orienter tout cela vers de nouvelles formes d'activisme, vers les désirs de rébellion à la base (grassroot) qui existe chez tous les jeunes." Restait à faire un festival pour activistes sociaux à leur manière. Ça a commencé par le choix de la date : avril… car, à Belgrade, il est bien connu que le début du quatrième mois de l'année est le meilleur moment pour faire une fête. Partant de rien ils ont fait appel à des gens qu'ils connaissaient un peu partout en leur disant "aidez-nous" et la plupart ont répondu "pourquoi pas". Pour lancer l'affaire ils se sont mis d'accord pour tweeter tous ensemble à la même heure le mot "SHARE" qui est devenu une "trend". Le reste a été affaire d'organisation et de passion de 400 personnes. L'innovation consistant ici à tout mettre (organisation, marketing, communication) en mode P2P. "Nous avons même crowdsourcé le public et le logo de la conférence," explique Filip Milosevic (pas de rapport ; @djflip), un des animateurs. "Nous n'avions pas la moindre idée d'à quoi ça ressemblerait. C'était vraiment pas facile d'intéresser les jeunes à des sujets comme le développement durable." Un des secrets semble qu'il y a autant d'évènements nocturnes (je veux dire de fêtes) où l'on danse que de conférences diurnes où l'on cause. Et même pendant celles-là les Q&R, la dynamique du dialogue, l'emporte sur les exposés. La deuxième conférence qui s'est tenue en avril de cette année était tournée vers le futur : transhumanisme, le net des objets ou les vues de Bruce Sterling, écrivain de science-fiction Plus de 2000 personnes sont venues assister gratis à tous ces évènements. La question des finances n'est pas simple à régler. "Plus on demande d'argent plus on dépend de quelqu'un" explique Vladan. Ils ont à cœur de garder un équilibre entre fondations, gouvernement, sponsors mais n'ignorent pas qu'une des bonnes manières pour rester indépendant c'est de vendre des tickets. Ce qu'ils ne veulent pas faire. Alors ils bricolent : "Il est important que les gens comprennent la complexité d'une telle organisation. L'année prochaine nous publierons tous les coûts. On va essayer de crowdfunder le truc," expliquent Vladan et Filip. Ça fait drôle de parler d'un tel événement sans y avoir assisté. Mais ces deux là transmettent une énergie vraiment contagieuse. Alors : octobre à Beyrouth ? Pourquoi pas ? Bruce Sterling, auteur de science fiction et analyste fin de l'impact des TIC sur notre monde en a résumé l'impact en deux phrase prononcées à Belgrade (et que vous pouvez voir dans cette fabuleuse vidéo). Une simple constatation d'abord : "Il y a plus de téléphones mobiles dans le monde que de gens qui ont des brosses à dents." Suivie de tout un programme : "C'est une industrie pour les jeunes, c'est une industrie pour les pauvres. Elle donne du pouvoir aux jeunes et aux pauvres et c'est pour ça que cette décennie ne ressemble à rien d'autre." La question, comme le dit une voix qu'on entend dans la vidéo, c'est "comment nous obtenons le changement social que nous voulons." Résumée par Sam Graham-Felsen, ex-blogueur en chef de la première campagne présidentielle d'Obama, la réponse donnée par SHARE est claire : "Je ne veux pas de révolution si je ne peux pas danser. […] Si tout le monde est sérieux on s'épuise, on se fatigue et on ne crée pas le changement. Le changement doit être fun." Mao disait que "La révolution n'est pas un dîner de gala." Les temps changent chantait Bob Dylan. The times they are a e-changing

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