Les médias sociaux me mettent encore mal à l'aise… et pourtant

Publié le 19 Juin 2012

J'ai dîné la semaine dernière dans un fabuleux restaurant de Tel Aviv avec Ayelet Noff et Motti Peer, partenaires et patrons de Blonde 2.0 un site qui aide les boîtes à bien utiliser les médias sociaux. Ils sont jeunes, beaux tous les deux et leurs clients comptent parmi les plus dynamiques d'Israël et plus gros de la planète. Des gens qui réussissent avec le sourire. Ils sont très people, très dans l'air du temps et tout indique qu'ils font vraiment bien leur boulot. Mais je ne me suis pas senti totalement à l'aise malgré leur gentillesse, leur intelligence, leur ouverture, leur hospitalité. Pourquoi ? Voilà qui n'est pas facile à faire sortir. J'ai un doute sur les médias sociaux qui vient moins de leur utilité que de ma position de franc tireur (de free lance dit-on quand on parle journalisme). Toujours "en dehors", je n'ai jamais "appartenu" à une institution. C'est difficile à gérer côté émoluments mais c'est clair et facile à vivre comme le dit si bien la formule "Small is beautiful". Mais c'est bien plus compliqué aujourd'hui que les réseaux bouleversent radicalement les relations entre individus et groupes. Nous pouvons choisir au lieu de subir. Nous nous connectons au lieu d'appartenir. Un monde de différence. Mais "se connecter à" et donc "avec" n'est ni neutre ni innocent. Une question autour de laquelle je tourne depuis des années maintenant, sans parvenir à briser ma réticence, ni même à être convaincu que cela soit nécessaire. Sans me sentir bien et clair pour autant. Je me méfie en outre des modes, de ce que tout le monde croit bon de faire à un moment donné et je ne suis pas prêt à tout partager avec tout le monde. Être en dehors, cela veut dire aussi garder ses zones d'ombre, ses jardins secrets. Je veux pouvoir mieux choisir, être moins fiché, connu, prévisible pour une base de données. Mes hôtes d'un soir ne partagent pas ces doutes. Pas comme moi en tous cas. J'ai même eu l'impression qu'ils se demandaient si un vieux pouvait comprendre la beauté, l'intérêt, l'inéluctabilité des médias sociaux. Il faut dire que j'ai commencé par leur demander s'ils ne craignaient pas un "backlash", un retour de manivelle, une crise. Pas le moins du monde, bien sûr. Mon cas est d'autant plus grave que j'avais eu la chance de voir, la veille, Yossi Vardi, qui a mon âge mais le mérite d'être le parrain de tout ce qui touche aux TIC en Israël. Quand je lui ai demandé comment il voyait les grandes tendances du moment il m'a répondu croire, au contraire à la télé sociale, à la dimension croissante des "amis" dans le e-commerce et au fait que les sites "sans éléments sociaux ne seront pas capables de se maintenir". Le tout "social" est à l'ordre du jour pour ce visionnaire qui ne se trompe guère depuis quelques décennies. Et pourtant, quelques minutes plus tôt, il m'avait recommandé parmi les piles de livres qui encombrent son bureau le fabuleux Extraordinary Popular Delusions and the Madness of Crowds écrite en 1841 par le journaliste écossais Charles Mackay pour dénoncer les folies des foules, leurs croyances irrationnelles qu'il s'agisse de l'alchimie, de la chasse aux sorcières ou de la tulipomanie qui s'était emparée des Pays-Bas au XVIIème siècle. Il sait donc qu'il faut savoir prendre ses distances avec ce que les autres font. La réponse intellectuelle à tout cela est simple : conversations et relations sont le cœur de notre vie en groupe; nous avons de meilleurs moyens de leurs donner forme; et donc, réseaux et médias sociaux sont là pour rester. Il faut s'y plonger, les adopter, les utiliser du mieux possible (quitte pour les boîtes à utiliser des entreprises comme Blonde 2.0) et, sans aucun doute, se battre pour que les utilisateurs aient plus de vrai contrôle. Mais ça ne résout pas les hésitations personnelles. Sont-elles dues à l'âge, à ma vie de franc-tireur ou à quelque chose d'autre… que vous ressentez peut-être. Afficher Pisani Winch 5 sur une carte plus grande

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