En Afrique du Sud les TIC n’ont pas la priorité

Publié le 25 Juin 2012

Article publié dans le supplément Science&Techno du Monde daté du 23 juin

L'Afrique du Sud a de vraies performances à son actif dans le domaine des technologies de l'information et de la communication (TIC) mais ne semble pas pour autant en faire un axe stratégique de son développement et c'est dommage. Commençons par les succès. Paypal est née de la fusion de deux entreprises dont X.com, créée par le Sud-Africain Elon Musk. Il est plus connu aujourd'hui grâce à Telsa qui fabrique des voitures de sport électriques et surtout grâce à Space X, la première société privée qui a pu mettre en orbite et récupérer un vaisseau spatial (le 22mai 2012). Mark Shuttleworth, a fait fortune en vendant son programme de cryptographie à VeriSign. L'argent ainsi acquis lui a permis d'être le premier africain dans l'espace, de créer une fondation qui finance "les changements innovants dans la société". Il a lancé et dirige Ubuntu système d'exploitation open source et "convivial" pour ordinateurs. Mxit.com est un plateforme de tchat, de paiement et de jeux qui compte plus de 50 millions d'utilisateurs et fonctionne aujourd'hui dans une douzaine de pays essentiellement du sud. Ajoutons que les services web d'Amazon ont été conçus et développés au Cap par Chris Pinkham. Et pourtant, après une semaine sur place j'en suis reparti avec l'impression que les TIC ne sont pas une priorité stratégique. Je prends pour exemple ce que m'ont dit trois de mes interlocuteurs. Responsable des secteurs industriels à la Technology Innovation Agency de Pretoria, Pontsho Maruping dirige les soutiens gouvernementaux à l'innovation dans l'énergie, les mines, la fabrication de pointe et les TIC qui arrivent en quatrième position. “Pour être honnête," explique-t-elle, "je crois que nous ne leur donnons pas plus d’importance parce que nous avons assez de capacités dans les autres secteurs pour y générer des approches innovantes." Les TIC sont surtout appréciées pour leur apport transversal, mais Maruping reconnaît que "La coordination n’est sans doute pas aussi bonne qu’elle devrait l’être.” A l’autre bout du pays, Walter Baets, dirige la Gratuate School of Business de l’Université de Cape Town. Il trouve que les TIC "constituent un outil de développement bon marché avec des coûts d’accès beaucoup plus bas que les autres industries.” Mais il reconnaît qu’il “n’y a pas assez de réflexion sur l’utilisation des technologies de l'information dans l’innovation sociale” vers laquelle il s'efforce d'orienter ses étudiants. Dans l’incubateur qu’il est en train de créer il souhaite qu’un tiers de l’espace soit réservé à celles qui sont axées sur la technologie – ça n'est donc pas une place stratégique. Andrea Bohmert dirige Silicon Cape Initiative, une communauté pour startups de Cape Town, ce qui la met naturellement du côté de ceux qui regrettent qu’on n'en fasse pas plus. Elle attribue une bonne partie de cette tiédeur au fait que c’est un secteur “90% blanc et 90% mâle". Pour le gouvernement ça n’est donc pas une priorité.” Elle constate elle aussi que les TIC sont plutôt appréciées pour leur rôle de facilitation (enabling) alors que "la priorité pour le gouvernement va à ce qui change immédiatement la vie des gens. Je le regrette mais je comprends the big picture.” Elle n'est pas la seule. Mais il y a plus grave: cela pourrait contribuer à réduire le rôle du pays en Afrique. The Economist s'interrogeait récemment sur sa capacité à rester en tête. Le Nigeria, par exemple, compte sur le pétrole et une population trois fois plus nombreuse. Beaucoup plus petit, le Kenya, pour sa part, semble clairement faire le pari des technologies de l'information comme axe de son développement. Un élément qu'il va falloir prendre en compte de plus en plus souvent dans l'analyse géopolitique des régions et de la planète.

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