À Bangalore, des jeunes indiens venus d'ailleurs

Publié le 11 Juin 2012

Article publié dans le supplément Science&Techno du Monde daté du samedi 9 juin

[caption id="attachment_803" align="alignleft" width="300" caption="Nandu"][/caption] Il est parfois difficile de dire si l'innovation vient d'ailleurs ou si elle est locale. Né à Boston, élevé au Texas où il a étudié la finance, Nandu Madhava est venu créer sa startup à Bangalore d'où venaient ses parents. mDhil.com donne des informations médicales par SMS. Vir Kashyap exerce les fonctions de directeur général (Chief Operating Officer) de Babajob.com, une bourse du travail virtuelle pour ouvriers. Comme Nandu il a étudié la finance, mais il est né à Dubai. Tous les deux s'inscrivent dans un fort courant d'enfants d'émigrés venus s'installer sur les lieux d'où sont partis leurs parents. C'est après avoir fait un temps dans le Peace Corps (service civique volontaire) en République Dominicaine, où il vit des gens souffrir en raison du manque d'informations médicales, que Madhava a décidé de créer sa société. "Je voulais avoir un impact dans la vie des gens en me servant de la technologie," m'a-t-il expliqué. mDhil envoie des SMS aux abonnés (200.000) qui payent 1 Roupie par jour (1,5 centime d'Euro) et reçoivent un message quotidien sur les thèmes de leur choix : diabète, maladie sexuellement transmissible, santé des femmes etc. Le canal créé sur YouTube vient de dépasser le million de vues. L'apport porte sur la localisation des informations et le passage au mobile comme axe stratégique. "Le monde des sites américains d'information médicale commence en Grande Bretagne et s'arrête en Californie," affirme-t-il. La plupart des conseils disponibles sur le net ne servent à rien en Inde, qu'il s'agisse de régimes ou de l'injonction d'appeler le 911 en cas d'urgence donnée aux États-Unis. "Nous produisons la totalité de notre contenu," explique-t-il, quitte à l'adapter de sites reconnus. Priorité est donnée à la communication par mobiles pour la simple raison qu'il y a 100 millions d'internautes et 900 millions de cartes SIM. 1 vidéo sur 10 est vue sur un téléphone aux États-Unis contre 4 sur 10 en Inde. [caption id="attachment_804" align="alignleft" width="300" caption="Vir"][/caption] Babajob, la société de Vir Kashyap, semble aller encore plus loin dans l'importance donnée aux mobiles pour ouvrir le marché du travail à des employés qui ne gagnent que quelques dollars par jour. Ils n'ont pas de CV et l'innovation réside dans un algorithme qui traite des informations complexes concernant, entre autres, le lieu de résidence, celui de l'offre d'emploi, le salaire, les compétences, les langues parlées (plus de 20 sont officiellement reconnues). "Le défi consiste à offrir un service pour des gens qui ne sont pas complètement alphabétisés et n'ont qu'une pratique rudimentaire de la technologie," m'a expliqué Kashyap. "Comme ils ne passent pas leur temps sur le web, nous leur envoyons un SMS par jour, ce qui demande un gros effort de mise en relation des données." Vir et Nandu illustrent une tendance forte : le retour sur la terre de leurs ancêtres d'enfants d'émigrés en quête de leurs racines ou d'une opportunité. En 2010, 100.000 d'entre eux seraient venus s'installer en Inde (difficile de dire qu'ils sont "rentrés" puisqu'ils sont nés ailleurs) selon le New York Times. Le "brain drain" semble se transformer en "circulation des cerveaux". La crise économique du nord y est pour quelque chose, mais aussi le dynamisme de Bangalore ou de Mumbai. "Quand je rentre chez moi [aux États-Unis] j'ai une impression de vide a déclaré Kashyap au Deccan Herald, quotidien local. "Une fois qu'on s'est habitué à l'Inde, au climat, aux gens et au bruit incessant, rien ne paraît aussi passionnant." Nandu Madhava est venu "pour l'aventure". Il prise la qualité de vie, notamment le fait qu'il peut passer plus de temps en famille que ses amis de Boston. Il apprécie surtout l'opportunité "de construire quelque chose pour des centaines de milliers de personnes et bientôt des millions. J'adore ça".

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