Une innovation indienne: l'outcubator

Publié le 5 Mai 2012

Article publié dans le supplément Science&Techno du Monde daté du 5 mai

Entrepreneurs indiens installés à Mumbai, Mahesh Murthy et Vishal Gundal se connaissent mais ne travaillent pas ensemble. Sortis de l'université avant la fin de leurs études (dropouts comme Steve Jobs et Bill Gates) ils ont tous deux réussi et s'intéressent maintenant aux startups, aident les plus prometteuses. Pour cela ils ont créé, chacun de leur côté, un mécanisme original que Murthy qualifie d'outcubator

"Le Google indien sera Google, et le Facebook indien sera Facebook" avance Murthy. Mais l'Inde a besoin d'autres services, d'autres startups et le vrai défi est de trouver comment les aider à surgir d'une façon adaptée à la réalité du pays ?

Vishal Gundal a investi dans DocSuggest.com (entre autres), un site pour trouver un médecin dont j'ai parlé sur mon blog (winch5.blog.lemonde.fr). Il met les fondateurs en contact avec les avocats comme les entreprises dont ils ont besoin. Pour lui, le modèle qui consiste à "spray and pray" (arroser et prier), à investir dans cent boîtes en espérant qu'une ou deux sortiront le gros lot ne convient pas à l'Inde. "Je préfère investir dans dix et tout faire pour que huit d'entre elles réussissent." Il les voit une fois par semaine au moins, répond à tous leurs appels téléphoniques.

Mais pourquoi procéder de façon si artisanale ? "En Inde les marchés ne sont pas mûrs," répond-il, "Ce qui se fait aux États-Unis en 2 ans en prend 4 ou 5 ici." Lui-même a fondé Indiagames.com(à 18 ans), la plus grosse société indienne de jeux pour mobiles. C'était en 1999. Présente dans 75 pays, elle vient d'être rachetée par Disney.

Après avoir réussi à Silicon Valley, Murthy a lancé Pinstorm.com leader dans le domaine du marketing digital intégré. L'Inde s'est d'abord positionnée comme faisant la même chose qu'en Europe ou aux États-Unis, mais moins cher. Après avoir innové sur les processus il faut maintenant innover sur les produits. Avec son fond d'investissement, Seed Fund, il a déjà mis de l'argent dans 13 startups dont RedBus.in qui réunit les horaires des innombrables compagnies de bus indiennes dans une seule base de données. Un service précieux pour qui veut se rendre d'un bout du pays à l'autre.

"Jeter des masses d'argent ne peut pas démêler les problèmes de nos startups," estime-t-il. "C'est pour ça que je ne vois pas d'entreprise américaine réussissant ici. Il y a des problèmes uniques à l'Inde et c'est ceux là qu'il faut résoudre. Ça prend du temps."

Quand je lui pose la question de l'efficacité de son modèle il me répond: "c'est dans mon bureau que je suis efficace. Quant à ceux qui lancent des startups, c'est presque toujours moins cher de les faire travailler chez eux et d'aller les voir une fois par semaine ou de les faire venir. Nous n'avons pas encore assez de réussites à raconter pas encore assez de mentors." Son "outcubator" (excubateur?) répond à ce problème.

Le fond de Gundal s'appelle "Sweat and blood", de la sueur et du sang. "C'est ça qu'il faut pour réussir," explique-t-il. J'apporte mon écosystème dans une sorte d'incubateur qui me permet de grandir à ma façon, de m'adapter aux multiples cultures de l'Inde où le dicton selon lequel "la culture mange la stratégie au petit déjeuner" s'applique parfaitement."

Et l'avenir lui semble radieux. "Silicon Valley reste l'endroit où on peut grandir dix fois en un rien de temps," dit Gundal. "Mais l'entreprise indienne qui réussira vaudra mille milliards de dollars. Facebook a 900 millions d'utilisateurs, nous sommes 1,2 milliards d'Indiens. Ils ne sont pas si grands que ça. De la même façon que leur évaluation à 100 milliards de dollars es considérée comme incroyable, celle de l'entreprise indienne qui réussira sera elle aussi incroyable".

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