Quand les Argentins partent à la conquête des États-Unis (et de la Grande Bretagne)

Publié le 19 Avril 2012

Article paru dans le supplément Science&Techno du Monde daté du 7 avril.

[caption id="attachment_716" align="alignleft" width="300" caption="(Crédit: Francis Pisani)"][/caption]

Les marchés se trouvent au nord, les talents au sud et la technologie partout, telle est en très peu de mots la formule sur laquelle Globant.com, une société argentine de logiciels pour entreprises a établi sa stratégie. Et ça marche : créée en 2002 avec 5.000 dollars elle a maintenant 2500 employés, 4 bureaux aux États-Unis, 1 en Grande Bretagne et 20 en Amérique Latine. Dans sa longue liste de clients elle compte certaines des sociétés les plus performantes en termes d'innovation, de Google à Electronic Arts en passant par LinkedIn et Zynga.

La recette : 90% de sa facturation provient du nord alors que 80% du développement technologique et artistique se fait au sud. "Les grands marchés manquent de talents, alors qu'il y en a beaucoup dans des villes relativement petites, dans des coins inattendus où personne ne se préoccupe de leur donner une opportunité." m'a expliqué Guibert Englebienne, responsable de la technologie (CTO) de l'entreprise dans son bureau de Buenos Aires.

Les "talents" qui intéressent Englebienne sont designers et développeurs. Il utilise cet alliage, indispensable à qui se soucie d'innover aujourd'hui, dans un contexte d'innovation ouverte pour éviter de tomber dans le plus grand piège du B2B – business to business – le fait de s'adresser aux utilisateurs captifs de l'entreprise avec laquelle on a un contrat (les clients d'une banque par exemple) ce qui pousse à construire des logiciels moins robustes. "Les nouvelles générations sont plus autonomes, disposées à produire autant qu'à consommer. Elles appartiennent à des communautés globales ouvertes et disposent de la meilleure technologie chez eux," explique Englebienne. "La plupart des entreprises considèrent qu'ils sont un défi. Nous poussons nos clients à les séduire." "Tous mes employés veulent participer au processus de création" explique Englebienne. Dès qu'un client a un nouveau problème, l'entreprise ouvre une liste sur laquelle peuvent s'inscrire ceux qui souhaitent y réfléchir. Plusieurs sessions de brain storming ont lieu (toujours en anglais) pour mieux "écouter l'intelligence distribuée dans toute l'organisation". "Nous sommes dans le business du "fitness", de la mise en condition, poursuit-il. "Nous permettons à nos clients, à nos employés et aux pays dans lesquels nous opérons d'être toujours prêts pour entrer dans la compétition d'où émergera le monde de demain." Il pense que le monde est plus plat (au sens où il est plus ouvert) et que "les besoins sont si grands qu'on aura recours aux innovations venant de partout sans qu'externaliser soit signe de mauvaise qualité." Le défi est d'accéder à un nombre suffisant de talents pour pouvoir opérer au niveau mondial. En Argentine, comme partout ailleurs, l'éducation a 50 ans de retard, au moins. D'où un effort constant sur la formation et sur les Globant Labs qui font de la recherche sur des projets futuristes tels que robotique, biotechnologie, réalité augmentée, jeux, etc.. Globant ne s'intéresse pas aux marchés du sud. "90% de la demande mondiale de services digitaux se trouvent aux États-Unis, en Grande Bretagne et au Japon. Nous perdrions notre temps ailleurs," explique-t-il. "Les marchés qui nous intéressent sont ceux dans lesquels la corruption a disparu, qui reposent sur une stricte méritocratie et dans lesquels la prise de décision est rapide." Mais quand on lui demande s'il envisage de s'installer à New York, il répond "pas nécessairement. La composante culturelle compte énormément dans les entreprises qui reposent sur les personnes. Il faut en prendre soin continuellement. Nous nous efforçons d'être toujours près de nos employés et toujours près de l'avion." Le monde est plat, dit-il, mais sa pratique indique qu'il n'est pas homogène.

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