Instagram vu d'ailleurs

Publié le 23 Avril 2012

Article publié dans le supplément Science&Techno du Monde du 21 avril

[caption id="" align="alignleft" width="257" caption="Crédit photo: Frank Hamm sur Flickr"][/caption] Le milliard de dollars (dont une bonne partie en actions) "payé" par Facebook pour absorber Instagram a l'air d'être beaucoup d'argent pour une entreprise qui n'en gagne pas. Mais Zuckerberg a d'autant plus raison qu'il est à la veille de rentrer en bourse et d'en recevoir plein. Plus important pour moi, il s'agit apparemment d'une confirmation que tout se passe à Silicon Valley et m'oblige à me demander si mon tour du monde de l'innovation est une bonne idée. Facebook et Instagram sont toutes deux basées dans la région et les deux fondateurs de cette dernière sont passés par Stanford. Leur accord démontre la force d'incontestables atouts: le réseau de relations entre les gens qui ont des idées et ceux qui ont de l'argent (anciens de Stanford, de Google, rencontres lors de conférences, etc.) et la facilité avec laquelle ceux qui ont réussi signent des chèques conséquents au nom de timbrés ayant peu de chances de réussir mais qui, quand ils gagnent, permettent de gagner le gros lot. Le New York Times explique que, grâce à une introduction d'un de ses anciens collègues de Google, Kevin Systrom, le CEO d'Instagram avait reçu un chèque de 250.000 dollars sur simple présentation de son idée à un "ami d'ami". C'est encore impensable aillers, même s'il y a de l'argent partout. Dans ce domaine l'avantage de Silicon Valley n'est pas près de disparaître. Curieusement, la mécanique permettant d'en comprendre la logique m'a été indiquée à Kuala Lumpur où je me trouvais au moment du "deal". "Les idées des gens d'ici sont aussi bonnes que celles qu'on peut trouver en Californie. La différence commence au moment de passer le test du marché," m'a expliqué Kal Joffres, directeur du Tandem Fund, un fond d'investissement en entreprises sociales. "Aux Etats-Unis les 'early adopters' [ceux qui se précipitent sur les dernières technologies] sont assez nombreux pour savoir très vite comment le public va réagir. Ça n'est pas le cas ici." La preuve : les 25.000 premiers utilisateurs d'Instagram sont arrivés en 24h. Ils étaient 300.000 au bout de trois semaines. La sortie de l'application Android a permis de faire un bond de 10 millions en dix jours (de 30 à 40 millions). Est-ce à dire que seules les entreprises de la région sont capables d'innover? Ironiquement, Instagram semble illustrer le contraire. Prenons comme exemple les alternatives à l'app rachetée par Facebook. The Next Web en propose 8. Une recherche rapide montre que 4 d'entre elles ont été créées ailleurs. Il s'agit de Pixl-O matic (Suède), Tadaa et EyeEm (Allemagne) et Lightbox (Grande Bretagne). Une petite enquête complémentaire permet en outre de trouver Stepcase de Hong Kong et Pudding.to qui est coréenne. Notons enfin que l'autre fondateur d'Instagram, Michel Krieger, est né et a grandi à São Paulo. Diplômé (de Stanford) en "systèmes symboliques et interactions entre humains et ordinateurs" il est qualifié d'ingénieur brillant. Une parfaite illustration du titre d'une chronique publiée dans le Washington Post il y a moins d'un mois sous le titre "Le prochain Mark Zuckerberg sera-t-il brésilien?". Il ne s'agit pas de coïncidence mais de tendance. C'est encore à Silicon Valley qu'on trouve le plus facilement de l'argent pour financer des projets à promesses et à risques. Les États-Unis sont encore le marché qui réagit le plus vite à une bonne idée. Les deux continuent à s'alimenter ce certaines des meilleures têtes venues d'ailleurs. Cependant, l'Inde (d'où j'écris ces lignes) et la Chine auront bientôt un nombre supérieur d'early adopters et assez d'investisseurs disposés à leur donner les moyens de croître. A la moitié de mes voyages j'ajoute sans hésitation que les bonnes idées fleurissent partout et qu'elles circulent vite. Ça vaut la peine et j'ai envie d'en découvrir d'autres.  

Commenter cet article