Attirer les startups pour pas cher : l'exemple du Chili

Publié le 8 Avril 2012

[caption id="attachment_662" align="alignleft" width="300" caption="Horacio Melo (photo Francis Pisani)"][/caption]

On peut en dire du mal (j'ai déjà signalé les critiques faites par Arnon Kohavi (@arnonk), un investisseur qui s'y était intéressé) mais StartupChile.org, une initiative gouvernementale pour encourager la création d'entreprises innovantes au Chili, mérite qu'on s'y arrête. Ce que j'ai fait à Santiago sur le chemin de l'Australie.

La proposition de départ est simple et séduisante : offrir 40.000 dollars US à des entrepreneurs du monde entier pour qu'ils viennent lancer leur startup à Santiago pendant 6 mois. L'argent est accompagné d'un visa de travail d'un an, de facilités d'ouverture d'un compte en banque local (normalement très difficile pour les étrangers) et d'un téléphone avec plan.

"L'objectif est de changer l'écosystème entrepreneurial chilien, de l'ouvrir à l'innovation" m'a expliqué Horacio Melo (@hora8) Directeur du programme. "Notre isolement mental tient à notre isolement géographique et pour le rompre nous avons décidé d'attirer des startups à grand potentiel pour qu'elles démarrent leur projet ici."

Venus du monde entier (États-Unis : 30%, Chili : 15%, reste de l'Amérique Latine : 15%, puis longue traîne) les candidats passent par un processus de sélection classique et doivent, s'ils sont choisis, répondre à deux exigences simples : le fondateur est tenu de venir passer 6 mois au Chili et son projet doit être facile (= pas cher) à développer à l'échelle globale. L'objectif est d'en faire venir 300 par an. En 2011, première année d'exercice complet, Startup Chile a reçu 1600 candidatures de 70 pays sans dépenser un sou de marketing. Les responsables en ont sélectionné 320 en provenance de 35 pays. Toutes les activités se font en anglais.

Outre l'argent de départ, les sélectionnés ont droit aux petits coups de pouce habituels : réunion hebdomadaire de networking, conseils juridiques, contacts avec des investisseurs. Une poignée d'entre elles a déjà levé un peu moins de dix millions de dollars au total.

Tenus de rester six mois, ils peuvent prolonger leur séjour s'ils le veulent. "Mais même s'ils s'en vont nous sommes contents" dit Melo "nous leur donnons des raisons de revenir en leur tissant un réseau local fait de cours, de réunions, de conférences, de rencontres."

J'avais déjà rencontré au Liban une des entreprises mises en selle par Stratup Chile : Jogabo.com qui permet d'organiser des marchs de foot entre copains. Parmi les autres susceptibles de réussir, j'ai noté Inbed.me (créée par des argentins de New York) qui permet de réserver une chambre d'hôtel en même temps qu'il nous connecte à nos amis de passage dans la même ville ou le même quartier. SaferTaxi.com se propose, pour sa part, de rendre moins dangereux la location d'un taxi, sport extrême en Amérique Latine.

Le plus gros défi semble – comme l'avait remarqué Kohavi – de convaincre les capitalistes locaux de s'intéresser à ces startups à la fois prometteuses et à risque. Sans doute une question de temps, peut-être de génération.

"Nous espérons que sur le lot il y en ait une qui se transforme en compagnie d'une valeur d'un milliard de dollars," murmure Horacio Melo.

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