Un financier qui tweete, s'intéresse à l'innovation arabe mais n'investit pas dans les TIC

Publié le 2 Mars 2012

Ses 27.000 tweets et les 100.000 personnes qui le suivent font de Sultan Al-Qassemi (@sultanalqassemi) un des tweeters les plus influents du monde arabe. Natif des Émirats, aisé, il jouit d'une grande liberté de parole et, ce qui est plus important, il s'en sert généreusement au service des mouvements démocratiques. Ses chroniques apparaissent dans The New York Times, le Financial Times et The Guardian, entre autres.

Nous passons vite sur l'inévitable question concernant l'impact des médias sociaux sur les insurrections arabes. Le raz le bol généralisé, la frustration des jeunes trop souvent condamnés au chômage a joué le rôle déterminant. "Les soulèvements étaient inévitables," m'a-t-il dit. "Ils auraient peut-être eu lieu plus tard, mais ils auraient eu lieu."

Témoin privilégié qui a pu se rendre dans tous les pays concernés et connaît des activistes partout, il ajoute: "Les médias sociaux ont des rôles différents suivant les pays. Tech savy, les gens du Caire y ont eu naturellement recours, mais ceux qui venaient de l'intérieur participaient grâce au bouche à oreille." En Tunisie, par contre, quand Ben Ali a bloqué le net, les élites se sont servis de leurs Blackberrys qui fonctionnaient normalement.

Le mouvement des femmes saoudiennes au volant "qui fait intégralement partie des soulèvements arabes a fonctionné parce qu'elles se signalaient les points de contrôle policiers grâce à des hashtags appropriés. C'est ce qui explique qu'à peine trois ou quatre d'entre elles ont été arrêtées."

Et tous n'étaient pas des nouveaux venus. C'est au Bahreïn qu'on trouve "la plus longue expérimentation dans l'utilisation des medias sociaux" puisque l'un des blogueurs, Ali Abdulemem – qui vit dans la clandestinité – a commencé dès 1998.

En résumé: "le désir collectif de changement était déterminant. Les médias sociaux ont permis aux gens de se trouver, de partager l'information et, peut-être de se réconforter les uns les autres."

Sultan Al-Qassemi n'a pas été insensible aux innovations surgies des soulèvements de l'an dernier.

La première, mise en place par Yamli.com – grâce auquel on peut écrire en arabe avec un clavier latin et rechercher les contenus en arabe en y ajoutant les représentations écrites en latin - permettait de traduire dans plusieurs langues des messages écrits en arabe et de les faire connaître dans le monde entier.

Conçu en Égypte par les équipes locales, @speak2tweet permet de transformer un message oral envoyé par téléphone en un tweet a été réalisé en moins d'une semaine par les ingénieurs de Google et de Twitter pour détourner le blocage du net para Moubarak.

Lui même a trouvé un moyen de distribuer les tracts à la vitesse de la lumière en les prenant en photo avec son téléphone et en les tweetant ce qui permettait aux dizaines de milliers de personnes qui le suivent de les faire circuler chacun sur ses réseaux.

Mais le plus fascinant chez ce geek-activiste formé aux secrets de la finance par ses études (dont 4 ans à Paris), patron du fond Barjeel Securities, c'est qu'il ne met jamais son argent dans les compagnies liées aux technologies de l'information et de la communication.

"Je n'y touche pas en tant qu'investisseur," m'a-t-il déclaré. "Ce ne sont pas des produits tangibles. Aujourd'hui Yahoo disparaît, demain ça sera Google. Chinois ou Vietnamiens peuvent inventer quelque chose qui bouleversera totalement le jeu. Je mise sur le réel et le concret, jamais sur les TIC."

Ce qui illustre parfaitement la position de la plupart des investisseurs des Émirats.

Mais contrairement à certains d'entre eux qui n'investissent pas dans l'innovation locale mais placent leur argent à Silicon Valley lui m'a dit de l'entrée en bourse de Facebook "Je n'y toucherai pas même avec un bâton"…

Vous en concluez quoi?

[Photo prise par Francis Pisani]

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