Marchés, diasporas et médias sociaux, le cas du Liban

Publié le 19 Mars 2012

Article publié dans le supplément Science&Techno du Monde daté du 17 mars

Malgré leurs 110 000 km2 et leurs 10 millions d'habitants de l'époque, les Cubains s'amusaient il y a trente ans de ce que leur pays était "le plus grand du monde". La preuve, disaient-ils, notre population est à Miami, l'armée en Angola et la capitale à Moscou. Curieusement, le Liban d'aujourd'hui rappelle l'île des Caraïbes d'hier. L'armée est sur le territoire national (10 000 km2), mais la population (4,2 millions d'habitants) est aux quatre coins de la planète ; le marché s'étend au monde arabe et la capitale économique pourrait, un jour, se déplacer vers Dubaï.

Les côtés positifs ne manquent pas. Le pays compte une forte proportion de gens très qualifiés, formés d'abord sur place à l'American University of Beirut, à l'université Saint-Joseph ou à la Beirut Arab University. Beaucoup poursuivent leurs études dans les meilleures institutions d'Europe et des Etats-Unis. A cela, il faut ajouter le traditionnel esprit d'entreprise et l'ouverture sur l'extérieur qui, depuis les Phéniciens, caractérisent cette culture et que l'arabisation n'a en rien réduits.

Les divisions internes en font un laboratoire transculturel très bien positionné pour comprendre les problèmes de relations induits par la globalisation. Rien de plus facile au Liban que de créer un site en trois langues : anglais, arabe et français. La société civile fait preuve d'initiatives innovantes, comme le Beirut Green Project qui veut doter la ville d'espaces verts sur les toits, Metel ma shelta qui réinvente les tracts, ou le site Twattarna.com qui facilite le débat politique par Twitter interposé.

Lamentables infrastructures télécoms Outre la constante menace de guerre et de destruction, le Liban souffre cependant de lamentables infrastructures télécoms qui le placent entre le Lesotho et l'Ouganda en capacité de téléchargement, au 160e rang de la planète. " Un sérieux obstacle ", explique Elie Abou Saab, patron de CreaPix.net, une agence Web et multimédia. Mais rien n'arrête les Libanais : " Nous sommes obligés de tenir compte de conditions extrêmes. Ça renforce la qualité de notre travail et nous permet d'être présents dans le monde entier. "

Ils possèdent là un avantage compétitif réel : une diaspora proportionnellement considérable - entre 12 et 15 millions de personnes. Présents du Sénégal aux Etats-Unis, ils sont plus nombreux au Brésil qu'au Liban. Et s'ils ne réussissent pas tous aussi bien que Carlos Slim, l'homme le plus riche du monde, ils constituent un réseau mondial puissant qui facilite l'accès à des marchés prometteurs et à des sources de financement pour start-up.

Reste la question du marché auquel elles doivent s'attaquer. "L'innovation qu'on peut générer ici a rarement sa caisse de résonance au Liban", m'a expliqué Cyril Hadji-Thomas, patron de Keeward.com, un écosystème de médias qui travaille notamment dans plusieurs pays francophones et aux Etats-Unis. C'était lors d'une conversation à bâtons rompus avec un groupe d'entrepreneurs réunis par Berytech, le plus ancien incubateur libanais (Berytech.org).

" Il n'y a pas de business model viable qui se limiterait au seul Liban, explique Nicolas Rouhana, notre hôte. Le fond n'investit pas dans une boîte qui n'a que le marché libanais."

Parmi les quelque 20 entrepreneurs présents, deux m'ont déclaré viser le marché mondial. Un autre se dit présent au Congo et en France grâce à la diaspora. Une poignée d'autres s'attaquent au monde arabe. " La cible, c'est de vendre dans les Emirats ", précise l'un d'entre eux.

Mais ce panorama complexe s'éclaircit si l'on pense aux médias sociaux. Ils permettent d'atteindre pour pas cher les clients où qu'ils se trouvent. " Ils relaient, traduisent, accélèrent et nous poussent à l'international ", explique M. Hadji-Thomas.

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