Les « TIC » et les innovations dans le monde en 2011-2012

Publié le 31 Décembre 2011

Article paru dans le supplément Science&Techno du Monde du 31/12/2011 [caption id="" align="alignleft" width="269" caption="Image Flickr de Chip Shorter"][/caption] L'année 2011 restera peut-être comme celle où le monde a perdu son centre, du moins dans le domaine des technologies de l'information et de la communication (TIC). La Silicon Valley californienne demeure le lieu où les innovations fleurissent le plus facilement. Mais sa position dominante est menacée. La planète innovante devient multipolaire, ou distribuée, selon le vocabulaire qu'on préfère. Winch5, mon projet de tour du monde, s'inscrit dans cette tendance par sa volonté d'aller chercher où se trouvent ces innovateurs d'ailleurs. Interrompus en raison d'une opération d'urgence du tendon d'Achille, mes voyages reprendront fin janvier. J'ai donc tout le loisir de tirer le bilan de l'année dans ce domaine et de me pencher sur les tendances pour 2012. Les révolutions arabes ont révélé des usages que les fondateurs de Facebook ou de Twitter n'avaient pas en tête en créant leurs sites conçus plutôt pour draguer à l'université Harvard (Massachusetts) ou informer le monde quand ils emmenaient pisser leur chien. Enorme innovation à conséquences politiques et sociales qui a, en outre, influencé les « indignados » espagnols, Occupy Wall Street et même les démocrates russes. L'impact sur l'adoption des TIC dans la région est tout aussi remarquable. Petite indication révélatrice, le nombre d'utilisateurs de Facebook en Egypte est passé de 4 millions à plus de 9 millions en moins d'un an. Les sites en arabe se multiplient. Les entrepreneurs se réveillent, comme l'a montré la très dynamique conférence ArabNet qui s'est tenue au Caire les 19 et 20 octobre (voir Winch5.blog. lemonde.fr). Un mois plus tôt, le Startup Weekend organisé à Alexandrie pour aider à « créer une start-up en cinquante-quatre heures » avait reçu plus de 3 000 candidatures. C'est la ville dans laquelle est revenu s'installer un ancien de Google, Adel Youssef (Science & Techno du 26 décembre), pour y lancer Intafeen.com, son réseau social qui vise à introduire les technologies de géolocalisation dans la région. La locomotive asiatique Mon tour de l'Afrique m'a montré que les agents du changement (innovateurs, entrepreneurs et activistes) y sont légion. Cela va d'un entrepreneur social comme Bright Simmons, au Ghana, avec Mpedigree.net, sa plate-forme pour détecter les faux médicaments, au système de transfert d'argent par mobile mis au point par Safaricom.com au Kenya. Adapté aux conditions locales (SMS et scratch cards), M-Pesa a montré comment les opérateurs des télécoms pourraient devenir de sérieux concurrents des banques. Autre innovation majeure et qui nous concerne. En préparation de 2012, qui me permettra de compléter mes voyages, j'ai lu avec grand intérêt les pronostics de George Colony, le patron du cabinet d'études Forrester, sur l'Asie. Il est convaincu qu'elle va prendre la tête en matière d'adoption de la monnaie électronique (eMoney) au niveau mondial. Les technologies pilotes sont l'OctopusCard, déployée à Hongkong, et Felica System, à Singapour et au Japon. Le mobile domine. La brèche numérique s'y réduit. La Chine et le Japon sont les pays leaders en utilisation des réseaux sociaux. Mais le plus intéressant est la conviction que l'innovation va se développer sur le continent mais pas autour d'un individu « à la Steve Jobs ». Marquée par le rôle des communautés, elle sera plus collégiale. Autant dire que, outre les nouveaux produits, ces pays sont susceptibles de montrer l'efficacité et l'intérêt de nouvelles formes d'innovation. Contribution de taille. L'exemple arabe, le dynamisme africain, la locomotive asiatique illustrent le passage à la multipolarité. Le rôle croissant de l'Asie dans l'innovation technologique n'est peut-être que la préfiguration de ce qui se passera aussi un jour dans le domaine géopolitique. Simple hypothèse, pour le moment.

Commenter cet article