JOURNAL – Pourquoi j’ai quitté San Francisco

Publié le 8 Décembre 2011

Photo Flickr de jasonpoon

Episode précédent : JOURNAL – Être zen et foncer

Winch5, mon tour du monde de l'innovation, est en fait la continuation naturelle des 16 ans que j'ai passés au Mexique et des 14 ans qui ont suivi en Californie. Dans un cas comme dans l'autre j'étais en quête de ce qui peut changer le monde. Je ne suis peut-être jamais sorti de l'univers 1968… même si je reconnais que les sources d'espoir, les moyens d'y parvenir, les outils changent.

J'avais choisi Mexico en 1980 pour suivre les bouleversements d'Amérique centrale lancés par l'insurrection du Nicaragua (quand les sandinistes portaient encore un plus de démocratie). J'ai déménagé à San Francisco en 1996 pour couvrir la révolution digitale.

Puis, au bout de trente ans, je suis rentré en France presque sans m'en rendre compte et pas comme on fait dans les livres. Il fallait fermer un cycle personnel et professionnel puis, j'ai mis du temps à le comprendre, en lancer un autre… dans la même veine, avec un horizon différent. Difficile transition.

Pendant plusieurs années (entre 1990 et 2007 environ) je m'étais senti à chaque retour en France "comme un étranger dans un pays dont je parlerais bien la langue." C'est en tous cas ce que je racontais pour faire sourire les copains… mais aussi parce que je l'avais éprouvé en me trouvant contraint de regarder à deux fois les nouvelles pièces de monnaie que je ne reconnaissais pas ou quand il me fallait demander aux kiosquiers le prix du Monde ou de Libé… regardant ma gueule ils croyaient tous que je me foutais d'eux.

Tout cela m'amusait et je n'avais aucune intention de rentrer (du Mexique j'étais encore jeune et de San Francisco j'envisageais plutôt de traverser le Rio Bravo dans l'autre sens que l'Atlantique). Je n'ai pas vu l'évolution venir.

La bouffe aurait pu m'alerter. Je me suis mis à manger de plus en plus méditerranéen. Tomates au petit déjeuner avec aneth ou origan, fromage de chèvre frais ou yoghourt à la grecque. Huile d'olive. Insensiblement je me suis mis à accepter, à chercher plus d'invitations pour venir donner des conférences entre Paris et Madrid avec un faible très net pour Séville et Malaga où je dirige un programme de Pratiques et cultures digitales (traduction de digital literacy).

Puis, en 2010, j'ai eu l'occasion de venir faire une émission sur France 24 invité par Vincent Giret, alors directeur de la rédaction. Un travail en tandem avec Jean Bernard Cadier qui a eu l'idée du titre: Technophile (en français et en anglais). Après avoir démarré à 4 minutes (un mardi de mars ils m'ont dit on passe en direct vendredi… c'était ma première expérience télé), nous sommes vite montés à 9 minutes et nous avons tenu jusqu'en décembre quand nous sommes tombés victimes de la guerre des chefs et du nettoyage stalinien pratiqué par Jean Lesieur au nom d'Alain de Pouzilhac, le boss.

J'aimais beaucoup travailler avec Jean Bernard, un vrai pro, de ceux dont on ne cesse jamais d'apprendre. C'est sa curiosité, sa volonté d'être toujours utile au public qui m'a appris à m'intéresser au développement des technologies en Afrique. Un vrai saut pour moi qui, depuis San Francisco avait tendance à mépriser même ce qui se fait en Europe…

J'y ai retrouvé le plaisir de couvrir les TIC et la perspective d'une nouvelle ouverture.

L'aventure était assez passionnante et le retour à Paris suffisamment positif pour que je réalise un beau jour que "mon cul refusait de bouger", de rejoindre mes pénates encore officielles du côté de Silicon Valley. Loin d'une décision rationnelle et préméditée, j'avais affaire à une évidence imposée par les tripes.

J'étais en pleine séparation. Cordiale et civilisée, tendre. Elle correspondait à la mutuelle reconnaissance d'une fin de phase dans notre vie commune. Elle s'est déroulée sans un cri, sans la moindre engueulade. C'est sans doute pour cela que je me suis trouvé, sans m'en rendre compte, dans un grand trou où je ne m'étais pas vu glisser. Une dépression (au sens littéral du terme) faite de la disparition du noyau familial et de l'effacement des perspectives de vie commune avec cette femme extraordinaire qu'est Xochitl Castañeda entièrement consacrée à la santé des migrants – quelque soit leur statut légal – aux États-Unis. Mais le plus dur à encaisser était, comme toujours, une question de survie. La perspective d'une vieillesse solitaire ou, en tous cas, de la solitude à la veille de mes 70 ans.

Me retrouver seul à San Francisco où je n'ai finalement pas tant d'amis, m'est apparue comme impossible. Le réflexe a donc été un retour aux sources bizarre, parce que je n'avais jamais pensé revenir m'installer à Paris, convaincu que j'étais que la vie est ailleurs… Je m'y suis retrouvé un beau jour, sans l'avoir vraiment décidé, sans toit, sans retraite. Avec la famille de toujours et quelques vieux copains.

Côté boulot je commençais à m'y ennuyer dans la région de San Francisco (oui !), alors que je découvrais à Paris et à Madrid des geeks et des entrepreneurs bien plus dynamiques que je ne les avais imaginés.

A suivre…

 

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