JOURNAL – Couvrir les TIC et leurs évolutions

Publié le 27 Décembre 2011

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Episode précédent : JOURNAL – Pourquoi j’ai quitté San Francisco

Commencé par un échec, poursuivi par un malaise, mon éloignement de San Francisco a toujours été accompagné d'une réflexion sur ma façon de couvrir les TIC.

L'échec (2000-2002) est celui de Latinotek.com, une site d'information pour le public hispanophone sur les technologies de l'information. Je l'avais lancé avec mon ami José Alberro autour d'une idée toute simple: fournir aux publics d'Amérique Latine des infos provenant directement de Silicon Valley et conçues pour eux, tant dans le reportage que dans l'écriture. Trop tôt.

Présents à Mexico et San Francisco, nous avons commis quelques erreurs(dont le fait de prendre des bureaux trop grands trop tôt… classique) et, surtout, nous nous sommes lancés en plein effondrement des dotcoms, au moment où la bulle crevait – trop tard -, alors que les budgets pub des médias, sur lesquels nous comptions, se transformaient en peaux de chagrins.

J'avais réduit mes collaborations médias et j'ai eu bien du mal, après la gueule de bois, à retrouver ma place. La position dominante dans les rédactions en chef était alors de dire "Ces technologies n'étaient qu'une mode passagère, revenons à ce que nous savons faire". Il a fallu attendre 2004 et le lancement du "Web 2.0" pour que l'intérêt revienne. LeMonde.fr lance alors ses blogs invités et Transnets m'a permis de retrouver un débouché et le plaisir de couvrir le nouvel élan des TIC.

Mais les ans passent vite et les cycles sont courts dans ce domaine.

Fascinante à couvrir au départ, l'envolée du web participatif a fini par devenir ennuyeuse… quand les nouveaux venus ne proposaient plus que des copies à peine modifiées de technologies existantes.

Il fallait changer. J'étais convaincu qu'on ne pouvait plus couvrir les TIC comme en 1994 quand j'ai commencé à écrire sur le sujet ni même en 1996, quand je suis arrivé dans la région de San Francisco.

Ça s'est traduit par un moindre dynamisme dans la recherche de sujets, des start-ups, des innovateurs. Vivant à Berkeley, juste en face de San Francisco, je traversais moins souvent, moins volontiers, le Bay Bridge qui unit les deux villes. Si le pont est une métaphore qui parle de mon travail de correspondant, ma réticence à prendre celui là était une belle image de mon malaise.

J'ai fini par l'exprimer sur Transnets le 30 septembre 2009:

"L'essentiel, au départ, était d'annoncer cette révolution que sont les technologies digitales. […] Un animal d'un autre type était en train de naître. Il fallait essayer de le décrire, d'y intéresser les gens, de montrer ce en quoi il allait changer notre monde, de préparer à l'adopter (sans perdre l'esprit critique… mais l'insistance était toujours sur l'adoption)."

Mais depuis que tout le monde s'y est mis, il faut approfondir – pas très commercial ça -, trouver ce point alpha que serait la critique depuis la pratique et non depuis le rejet. Un problème délicat que j'exprimais alors en ces termes:

"Et puis l'émotion, le jeu, la découverte se sont émoussés. Les produis ont commencé à se ressembler tellement qu'ils sont devenus ennuyeux. […] Le plus sérieux dans tout cela c'est qu'il faut changer d'angle. Quand un nouveau produit était innovant, en parler était ouvrir une porte sur le futur. Aujourd'hui, le plus souvent, c'est lui faire de la pub."

Ça n'est pas pour ça que je suis journaliste. Changer devenait inéluctable. J'ai commencé à le sentir avant de le comprendre alors même que j'étais déjà passé par là. N'avais-je pas arrêté de couvrir la politique et ses acteurs (quand j'étais correspondant au Mexique), après avoir découvert que rapporter ce qu'ils disaient revenait à leur rendre service?

Parallèlement, je retrouvais progressivement mes marques à Paris. Personnelles, familiales. J'y découvrais un archipel de gens entreprenants dont je ne suis pas sûr qu'ils aient tous en tête la volonté de changer le monde (en même temps qu'ils rêvent de faire fortune), mais chez lesquels je trouve plus de fraicheur que ceux qui restent accessibles dans la Baie de San Francisco.

Fin 2010, il y a un an exactement, j'avais l'impression que le monde ne bougeait plus aussi vite. J'étais seul. C'était pas la joie, mais de retour en Europe, j'étais prêt pour redémarrer. Il me restait à découvrir dans quelle direction.

[Crédit photo : site Generic]

 

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