Alexandrie : papyrus et octets pour la bibliothèque

Publié le 4 Novembre 2011

Alexandrie – Sis à quelques pas des ruines de son lointain ancêtre, l'édifice de la nouvelle bibliothèque d'Alexandrie (Bibalex) vaut à lui seul le voyage. De l'extérieur on voit une sorte de demi lune couchée (conçue par l'entreprise norvégienneSnøetta). A l'intérieur, on est dans la plus grande salle de lecture du monde faite de sept étages en terrasses, dotés de 400 ordinateurs connectés.

On y trouve quelques rouleaux d'antan mais le seul manuscrit provenant de la Bibliothèque originale se trouve en Autriche et on ne peut voir sur place qu'un facsimile. Héritage d'un passé plus récent.

Dotés aujourd'hui d'1,5 millions de volumes (dont 500.000 donnés par la BNF) les rayonnages peuvent en contenir près de 8 millions. Mais on sent bien que l'essentiel est ailleurs… quelque part j'aurais même apprécié qu'elle n'ait aucun volume en papier.

"Plus qu'une bibliothèque de livres, nous voulons faire une série de plateformes de dissémination des connaissances," m'explique Mariam Nagui responsable de la communication extérieure pour la section des technologies de l'information (pas moins de 48 développeurs) en même temps qu'elle me fait visiter le centre.

Parmi les efforts de digitalisation on trouve un vieil exemplaire du Coran et un de la Bible (en arabe) mis côte à côte. On peut chercher comment et où un même mot est utilisé dans les deux textes: "paix" par exemple. Instructif.

Les livres de leurs collections digitales peuvent être annotées, surlignées. Chaque utilisateur peut avoir ses propres rayonnages virtuels et communiquer ce qu'il lit sur Twitter, Facebook. Il pourra bientôt partager des citations. Tout ceci se fait grâce notamment aux travaux de l'École internationale des sciences de l'information (en anglais ISIS, comme il se doit), qui fonctionne dans les locaux de la bibliothèque.

La Bibalex reçoit beaucoup d'aide (privée comme publique) de l'extérieur. Une des plus symboliques à mes yeux est que les archives de l'internet, constituées par Bruce Khale à San Francisco, y ont installé un miroir avec tout le contenu du web de 1996 à 2007.

Il y a aussi un super ordinateur que les chercheurs du monde arabe peuvent utiliser gratuitement pour le "data mining", la génomique, etc., et une collection de conférences en PowerPoint lancée avec l'Université de Pittsburgh bien avant SlideShare.

Outre le site web qui ne permet pas d'accéder à tout, la Bibliothèque a installé des "ambassades du savoir" dans des "lieux socialement divers et géographiquement distants de l'Égypte". On peut y lire l'intégralité d'ouvrages digitalisés à la bibliothèque.

Les ordinateurs de la salle de lecture sont un point d'attraction pour les jeunes de la ville qui peuvent les utiliser pour ce qu'ils veulent (moyennant un abonnement annuel de moins de 4 €).

Les sceptiques me disent qu'ils viennent pour se connecter à leur page Facebook… il n' y a pas de mauvais usage qui éveille par la pratique aux risques et aux vertus du web, du net et des TIC.

"Tout ce que nous faisons maintenant est digitalisé" m'a expliqué Mariam Nagui. "Nous essayons de faciliter au maximum l'accès à ce que la bibliothèque produit." Voilà un mot révélateur. A l'heure digitale une bibliothèque n'est plus seulement un dépôt de livres, un réceptacle de connaissances, elle produit, en assemblant, en mettant à la disponibilité, en se transformant en plateforme.

On souhaite à la Bibalex de durer aussi longtemps que la bibliothèque originale: 650 ans. C'est alors qu'on saura si les médias digitaux résistent aussi bien au temps que le papyrus.

J'ai vu, notamment à Stanford et à Berkeley, beaucoup d'universités mieux dotées, mieux connectées. Mais aucune n'est aussi importante symboliquement que celle ci. Son histoire mais aussi sa localisation y sont pour beaucoup. Je ne sais pas comment, mais je trouve que nous devrions tous essayer de contribuer à en faire un vrai lieu de connaissances ouvertes, distribuées, digitalisées.

Des idées ?

[Photo de Francis Pisani, et du site TourEgypt.net]

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