Mexico : réseaux sociaux contre narcos

Publié le 5 Octobre 2011

MexTwitter
Les webacteurs mexicains sont peut-être en train d'inventer – à tâtons – quelque chose de nouveau: le recours aux médias sociaux pour palier l'absence de société civile contre le gouvernement et contre les narcos. Paradoxalement ce sont les puissants qui, en montrant leur préoccupation, indiquent la force du phénomène.

Les institutions d'abord. Début septembre, le gouvernement de l'état de Vera Cruz - a mis en prison deux utilisateurs de Twitter en les accusant de terrorisme (article en anglais) au motif qu'ils avaient diffusé des nouvelles erronées concernant une attaque de narcos contre une école. Accusation tellement ridicule qu'il a dû les libérer avant de faire approuver une nouvelle loi (article en espagnol) punissant les "perturbations à l'ordre social" entrainées par la diffusion de rumeurs sur les réseaux sociaux. Grave.

Quelques jours plus tard, on a retrouvé deux corps torturés pendus à un pont de la ville de Nuevo Laredo avec une pancarte qui disait: "Voilà ce qui va arriver à tout ce bordel de l'internet. Faites gaffe. Je vous ai à l'œil. Salut Z" [comme Zeta, un groupe narco créé par d'anciens militaires] (article en espagnol). Le 4 octobre c'est une journaliste et blogueuse de la même ville dont le cadavre a été abandonné avec un message disant à peu près la même chose (article en espagnol).

Faire le lien entre les deux est moins échevelé qu'on ne pourrait le croire. Les relations entre narcos et institutions ne sont pas rares. Ernesto Priani, professeur de philosophie à L'Université Nationale Autonome de Mexico m'a confié ne pas être "convaincu que le narco soit l'autre, qu'il soit l'ennemi, malgré ce que dit le président [qui lui a "déclaré la guerre"]."

"Le cacique est devenu narco, mais aussi le leader du quartier et ça peut être un cousin ou un oncle," explique Priani. "La structure n'est pas définie mais elle est intimement liée à des structures que nous connaissons. Elle inclue des éléments invisibles du pouvoir et d'autres qui sont visibles."

Les puissants ont donc peur et l'expriment en punissant chacun à sa façon. La communication des Zetas, par cadavres torturés et pancartes, peut être efficace. Mais ils ont affaire à un animal complexe et, en partie, nouveau.

De plus en plus étendu le mouvement (à ne pas prendre au sens d'organisation) a au moins deux faces. De nombreux mexicains font circuler l'information pour s'entraider à survivre, comme le rapporte le New York Times. C'est l'information en temps réelle qui compte.

Il y a aussi ceux qui le font pour continuer à informer, pour assurer une sorte de service public d'autant plus important que les médias traditionnels ont tendance à le délaisser. Tel est le cas, entre plein d'autres, de @sanjuanamtz, de@nomassangremx et de @mxfallido.

Les réseaux sociaux peuvent-il contribuer à une prise de conscience sur le long terme? Peuvent-ils être utiles contre des puissances invisibles et d'autant plus difficiles à combattre qu'elles sont infiltrées partout?

Cet usage très lié à la situation mexicaine me semble d'autant plus fascinant que la réponse n'est pas évidente.

Si vous avez une idée là-dessus n'hésitez pas à la partager.

[Photo du compte Twitter de @mxfallido]

 

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