Une journée au eG8

Publié le 25 Mai 2011

J'ai passé la journée d'hier au eG8. D'abord les surprises agréables: bonne organisation. Discours de Sarkozy partiellement agressif seulement. Sa gueule avant de prendre la parole était celle d'un élève sur le point d'être interrogé sur un sujet qu'il ne connaît pas. En tous cas on lui a préparé un plutôt bon discours dans lequel il n'a montré les dents qu'à propos du rôle des États et de la propriété intellectuelle. L'idée de convoquer le forum le sert (c'est aussi ça la politique), mais je dois reconnaître avoir été sensible à la notion de "conversation" et au fait que les entrepreneurs du net (ils remplissaient la salle) on intérêt à écouter les chefs d'États et vice versa. Je suis sceptique sur les structures étatiques traditionnelles face aux technologies digitales mais je fais partie de ceux qui pensent qu'il faut des États et qu'ils ont leur mot à dire. Le problème est de savoir, quand et comment. C'est ce qu'on n'a pas vu dans le débat (le plus animé) sur la propriété intellectuelle et les droits d'auteur. Frédéric Mitterand et sa cohorte de patrons de médias ultra riches défend les puissants d'hier au nom des grands principes d'avant-hier. Il dit écouter mais ne bouge pas. John Perry Barlow a sorti son discours traditionnel tout en reconnaissant qu'il arrivait "d'une autre planète". Ça faisait du bien. Une fois de plus on n'a pas profité de l'occasion pour avancer sur le comment adapter une préoccupation réelle (et légitime quand elle n'est pas excessive) aux réalités des technologies digitales. On n'y arrivera pas par l'interdiction et les créateurs doivent trouver de nouveaux modèles. Parlons-en. On n'en a pas parlé. Autre moment "curieux": Rupert Murdoch défendant la nécessité de faire plus d'efforts pour l'éducation en utilisant les technologies digitales. Une idée intéressante: c'est pas une question de hardware mais de software. Des logiciels "qui 'engagent' les étudiants et les conduit à penser par eux-mêmes". Il souhaite en plus que les profs puissent choisir, grâce au net, aux meilleures solutions disponibles pour chaque étudiant au lieu d'appliquer mécaniquement le même modèle pour tout le monde. Je trouve plutôt bien que les méga milliardaires se préoccupent du bien social. Même si c'est sur le tard. Mais c'est insupportable de les voir s'acheter une conscience aussi facilement. Un autre privilège. Mais le pire dans le cas de Murdoch c'est qu'il est en train d'investir lourdement dans le domaine. Deux idées pour conclure: Les organisateurs ont réuni beaucoup de beau monde pour parler du net et des technologies digitales. Bravo, même si la proportion de Français, de Californiens et de mecs était beaucoup trop lourde. On y a aligné beaucoup de plutôt bonnes généralités. La question est de savoir si la discussion sera effectivement – comme le veut la raison officielle de cette convocation – rapportée aux chefs d'État et donnera lieu à une vraie conversation… to be continued. Et une citation de Danny Hillis, un des innovateurs les plus constants depuis des décennies. Interrogé sur comment il voit l'avenir, notamment du net il a répondu: "Aucun leader ne sait comment marche l'infrastructure et c'est ça le problème le plus sérieux (the key issue)". Vous en pensez quoi? [Photo Flickr de Jenny8Lee]

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