TIC, réseaux sociaux et pouvoir/2: leurs contributions au printemps arabe

Publié le 22 Avril 2011

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La métaphore de l'étincelle, la mèche et la poudrière est une bonne façon d'aborder la contribution des TIC et des réseaux sociaux au printemps arabe. C'est celle que propose l'analyste espagnol (et ami personnel) Antoní Gutiérrez-Rubí.L'article qu'il a écrit sur ce sujet a le mérite de commencer par l'essentiel: la situation explosive créée par un mélange de crise économique sans fin, pauvreté extrême, chômage, population jeune fortement urbanisée et dictature qui croît pouvoir ignorer le monde qui change.

Le rôle de la mèche est joué par le nouvel écosystème de la communication: "La combinaison de Google, Twitter, Facebook et Al Jazeera au main de jeunes armés de téléphones de nouvelle génération a rompu les vannes et les boulets sociaux".

Rappelons qu'au début février 5 millions d'Égyptiens avaient un profil sur Facebook. Ils étaient 6 millions à la fin du mois . 77% ont un téléphone mobile et la pénétration de l'internet est de 21% . Mais on ne peut pas bien juger en termes généraux. L'élément clé selon Micah Sifry de TechPresident est le haut indice de pénétration de la téléphonie mobile dans la jeunesse urbaine (notamment au Caire).

L'étincelle est bien évidemment l'immolation de Mohamed Buazizi dont les images diffusées par Al Jazeera ont été reprises ad infinitum par les réseaux sociaux dans l'ensemble du monde arabe. Une surprise totale pour des dictatures habituées à contrôler les médias traditionnels (broadcast).

A cela il faut ajouter "la création de l'esprit de la révolution" m'a expliqué Antoní. Elle provient de la capacité narrative propre au microblogging qui "transmet les émotions de manière instantanée et multimédia".

Elle a été le véhicule d'un extraordinaire sentiment d'auto estime, d'empowerment, d'orgueil d'être tunisien, égyptien, arabe. D'autant plus qu'il se propageait dans un espace radicalement démocratique et "trans" qu'il s'agisse des sexes, des générations ou des classes sociales. "Tous les groupes étaient présents sur la place Tahrir" insiste Gutiérrez-Rubí.

A cela il faut ajouter un élément clé des "plateformes pour l'action civique" pour reprendre un terme de Clay Shirky: savoir en temps réel qu'ils ne seront pas seuls s'ils descendent dans la rue peut contribuer à décider les hésitants. L'information recueillie sur place aussi bien qu'à l'extérieur est retweetée, partagée sans fin. Le monde entier peut suivre ce qui se passe. Parfaite illustration de "l'excédent cognitif" (cognitive surplus ), une collaboration à laquelle prennent part activistes, sympathisants, diasporas et plein de gens sans relation particulière avec un événement qui pourtant les fascine.

En résumé: TIC et réseaux sociaux jouent un rôle essentiel dans les mouvements de protestation, très concrètement dans ce que nous appelons aujourd'hui le "printemps arabe". Ils permettent aux gens de se retrouver, de savoir qu'ils sont nombreux et de le faire savoir au reste du monde. L'effet domino ne leur doit rien (rappelez-vous 1848 en Europe). Mais la contagion se propage plus vite aujourd'hui. Lancée, littéralement, par Bouzizi dans une ville de l'intérieur elle a mis le feu à la Tunisie toute entière, à l'Égypte, la Lybie, le Yémen, le Bahreïn et la Syrie pour ne mentionner que les plus évidents.

Mais les régimes autoritaires qui résistent avec de la poudre révèlent les limites des outils qui les ont mis en échec quand ils s'en prennent à l'essence du politique: la prise du pouvoir. Une dimension qu'il est fondamental de bien comprendre si nous voulons les utiliser plus efficacement.

J'y reviens vite.

A suivre…

[Photo FLickr de l'excellent Ramy Raoof ]

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