Brésil des TIC/2 - Ce que j'ai vu à Recife

Publié le 11 Mars 2011

recife-glogalgamejam2009.1299778762.jpg Suite de mes impressions brésiliennes, de ce que j'ai vu en termes de technologies digitales à Recife, dans le nord-est. Comme le dernier billet, celui-ci est tiré de ma participation à l'Atelier des Médias de RFI.

J'ai été frappé par le dynamisme du lieu et par la façon dont ils ont réussi à en faire un pôle d'innovation.

Tout a commencé lorsqu'un groupe de professeurs d'informatique a décidé en 1996 de lutter contre la fuite des cerveaux et des entreprises. Ils avaient de bons élèves qui finissaient toujours par se laisser attirer par les plus grandes villes brésiliennes ou étrangères. Les entreprises, elles, se faisaient racheter et ne tardaient pas à déménager. Ils ont alors créé un centre d'études – le CESAR - destiné en fait à encourager la création d'entreprises sur place.

Le but officiel est de "transférer les connaissances en technologies de l'information entre universités et entreprises d'une manière durable". CESAR fonctionne comme incubateur et prend des parts dans les entreprises qui naissent ce qui lui donne une indépendance économique appréciable.

Depuis 2000 CESAR compte avec le soutien d'une institution publique, Porto Digital , "Le port digital" qui regroupe maintenant plus de 140 entreprises dans un véritable pôle de développement qui est, suivant les moments, le premier ou le second du pays.

Tout cela à partir d'une initiative d'un petit groupe de profs… mais il leur reste encore beaucoup à faire.

Q - Quelles sont les difficultés?

R - J'en vois deux: le manque de capital risque d'une part – que je préfère qualifier de "capital audacieux". C'est aussi rare au Brésil qu'en Europe et cela fait qu'il est difficile de trouver les investissements nécessaires au développement d'une technologie qui commence à faire ses preuves. CESAR a bien créé un fond mais il ne dispose que d'une dizaine de millions d'Euros. Il y a aussi un gigantesque système d'investissement au niveau fédéral mais ça prend du temps à mettre en place.

La deuxième difficulté me semble tenir au fait que les grosses entreprises privées ne s'intéressent pas à ce qu'on appelle la base de la pyramide dont l'importance est reconnue en Inde et au Bangladesh. Il s'agit des gens qui ne sont pas très riches mais sont très nombreux. Elles se refusent à baisser le coût des communications mobiles et traînent les pieds pour doter le pays de lignes à haut débit. Or on sait qu'une augmentation de 10% de la pénétration des lignes à haut débit entraine une croissance de 1,3% du PIB.

Q - Mais comment vois-tu le futur de telles initiatives dans un monde dominé par Silicon Valley et bientôt par les Indiens et les Chinois?

R - Il ne s'agit surtout pas de copier Silicon Valley, explique Silvio Meira , un des membres de CESAR. La quantité, la qualité de leur offre et la sophistication de leur réseau les met hors de portée. Mais, continue-t-il, "ça n'est pas pour autant que nous devons nous limiter à mettre en œuvre ce qu'ils conçoivent".

Les gens de Silicon Valley sont convaincus qu'ils ont encore un bel avenir devant eux tant qu'ils conservent le monopole du design. La fabrication en Asie ne leur pose pas de problèmes tant que les produits comme l'iPhone et l'iPad sont réalisés à partir des instructions données par les cerveaux installés à Cupertino, le siège d'Apple, ou à Mountain View, le siège de Google.

C'est là que Silvio Meira se frotte les mains. A la différence de ce qui se passait pour l'industrie automobile, par exemple, où il fallait des milliards pour la mettre en place, ce genre de création et de design est du "brainware" (quelque chose qui sort du cerveau) et ceux du Brésil sont aussi bons que les autres. Il fait ainsi le pari d'une économie de la créativité à laquelle, je crois, nous pouvons tous aspirer… à condition de faire les investissements nécessaires, notamment dans le domaine de l'éducation, et d'être très, très patients.

[Photo Flickr du Global Game Jam 2009 ]

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