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Publié le 28 Juillet 2010

jobsschidt_dan-farber.1280295164.jpg Je vis la rivalité de tous les mastodontes des TIC d'une façon quasiment intime. Parce que je leur dois à chacun un petit quelque chose, souvent essentiel. L'affrontement Apple/Google, par exemple, me met dans la situation d'un enfant dont les parents proviendraient de pays différents, en guerre l'un contre l'autre. Mais je dois commencer par le fameux "disclosure" des journalistes américains sérieux, quelques révélations sur mes allégeances ou, en tous cas mes affinités en conflit.J'ai acheté mon premier Mac en 1984 et n'ai déserté la marque qu'au moment de l'insupportable OS 8,5, pour revenir à la pomme quand Microsoft a annoncé qu'elle cesserait d'apporter son soutien à Windows XP. Il était hors de question pour moi de me mettre à Vista. Mais j'imagine que cette double "transfugue" n'inspire pas la moindre confiance aux croyants des deux bords et n'arrangera mon cas aux yeux de personne.

Aujourd'hui je travaille sur deux Macs et je possède et me sers d'un iPod, un iPhone et un iPad. Mis à part le Kindle (que j'ai tendance à délaisser pour lire sur mon iPad les livres achetés sur Amazon) tous mes appareils sont fabriqués par Apple.

Je me rappelle encore le jour où j'ai croisé Larry Page, co-fondateur de Google. C'était en 1998 en Arizona dans le cadre de la conférence PC Forum. J'ai eu la bêtise de ne pas lui demander de boulot. Circonstance aggravante, je me suis posé la question. Journaliste avant tout, il me reste une certaine fierté d'avoir attiré très tôt l'attention de mes lecteurs sur ce fabuleux moteur de recherche. Je me suis mis depuis à Gmail, Reader, Google News et les cartes (je ne leur pardonne pas l'arrêt du développement du Notebook). J'avoue même que le jour où Chrome offrira tous les plug-ins dont je me sers, je suis capable d'abandonner Firefox.

Impossible donc de vivre ou travailler sans Apple et sans Google (auxquels je dois ajouter Amazon, Microsoft, MindManager, OmniFocus, Evernote et TheBrain car il ne faut jamais oublier les petits). Je ne dis plus trop de mal de l'entreprise créée par Bill Gates (elle a perdu de sa superbe), mais, s'agissant des deux premières, je ne me gêne pas pour les critiquer. J'adore les détester. Je ne suis prêt à y voir ni un défaut, ni une faiblesse, mais plutôt un cas de participation critique salutaire face à de tels gorilles.

Mais à quoi rime donc la rivalité entre ces deux ex alliés?

N'oublions pas qu'ils le furent contre Microsoft quand MS comptait encore pour plus que sa part de marché, mais ils sont rivaux aujourd'hui sur certains secteurs en pleine croissance comme la publicité, la téléphonie mobile et, bientôt, la musique en ligne et les livres.

Pas vraiment de quoi en faire des ennemis jurés, si nous n'étions dans le monde des affaires. Nous pourrions même accorder une certaine crédibilité paradoxale à cette phrase récente d'Eric Schmidt, patron de Google, prononcée à l'occasion de la mise en circulation de la dernière version d'Android, son système d'exploitation mobile: "nous essayons de faire quelque chose de différent de ce que fait Apple, et la bonne nouvelle c'est qu'Apple nous facilite la tâche."

La logique est simple et se trouve au cœur de la différence entre les deux sociétés: Google propose un système ouvert (elle contrôle l'élaboration de l'OS mais nous laisse libre de modifier les applications). Apple de son côté préfère un contrôle total sur l'OS, les applications et les appareils. Steve Jobs, le patron de légende, le reconnaît (et s'en jacte) à sa manière quand il dit que "les gens qui veulent du porno peuvent toujours acheter un téléphone Android". Les différents iPhones et leur système d'exploitation les en protège en échange de leur liberté.

Chacun de ces deux modèles représente des dangers qui lui sont propres.

J'y reviens dans mon prochain billet… après avoir lu vos commentaires…

[Photo Flickr de Dan Farber ]

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