Google puissance/3 – Serveurs, bande passante et cyber power

Publié le 19 Janvier 2010

eastindiafleet-bridgemancouk.1263889794.JPG Protection de la liberté d'expression en Chine ou opération de relation publique pour redonner le blason de leur marque attaquée de partout? Nous nous sommes tous interrogés sur ce qui a bien pu pousser les dirigeants de Google à annoncer publiquement qu'ils ne censureraient plus les résultats sur leur moteur de recherche chinois. Leurs motivations pourtant comptent moins que le jeu qu'ils jouent.

Au lieu de négocier discrètement ils ont publiquement défié un gouvernement puissant et soucieux de ne jamais perdre la face. Du (presque) jamais vu, de l'énorme.

"Short of the role of the East India Company in what we now know as India, it’s hard to come up with other examples of a private corporation (albeit “publicly held”) yanking the reins any harder on the bridle of history" affirme Jay Ogilvy du Global Business Network en réponse aux questions de Sophie Beach de China Digital Times.

L'affaire ne saurait être comprise, selon lui, comme un joli coup dans une partie d'échecs (ou de go) mais comme un "game changer", une action qui change la nature du jeu que l'on joue. "It amounts to a paradigm case of the shift from the political era to the economic era when power passes from presidents and prime ministers to the chairmen and CEOs of major corporations (much as power once passed from the priests and the Pope to presidents and prime ministers during The First Reformation)."

La puissance de la East Indian Company se jaugeait au nombre de vaisseaux, de canons, de "factories". Celle de Google, bien sûr se mesure en nombre de serveurs, à la taille de ses "server farms" stratégiquement placées dans le monde et à la bande passante qu'elle peut mobiliser.

Cela pourrait gêner même la Chine comme explique Ethan Zuckerman sur son blog "My Heart's in Accra".

Le raisonnement est simple. Pour "circonvenir" les mesures de contrôle prises par des gouvernements autoritaires et technologiquement compétents comme ceux d'Iran ou de Chine, il faut un très grand nombre d'adresses IP facilement renouvelables pour qu'il soit difficile de les bloquer toutes et assez de bande passante pour que le système tourne sans difficulté. C'est impossible ou trop cher pour les militants pro droits de l'homme du monde, pas pour Google.

Les détails sont plus compliqué souligne Zuckerman avant de préciser cependant que "a Google-backed anticensorship system (perhaps operated in conjunction with some of the smart activists and engineers who’ve targeted censorship in Iran and China?) would be massively more powerful (and threatening!) than the systems we know about today."

Constatant qu'il y a même un marché pour cela - les dizaines de millions de chinois soucieux de contourner le "Great Firewall of China" – Zuckerman n'écarte pas l'hypothèse séduisante selon laquelle Google pourrait se transformer en paladin actif de la lutte anti censure sans pour autant porter trop de tort à ses intérêts.

Prenons un peu de distance.

Dans les conflits d'aujourd'hui Washington, Beijing et les autres peuvent avoir recours à leur guise au hard et au soft power. Ils peuvent aussi avoir recours à des hackers et se lancer dans de multiples formes de cyber war ou de netwar (ça n'est pas un hasard si toute l'affaire est partie de là). Mais quand il s'agit de cyberpower, force est de reconnaître que Google a son mot à dire et de quoi taper sur la table pour se faire entendre.

Les dirigeants de l'entreprise de Mountain View viennent de nous signaler qu'ils sont capables de menacer de s'en servir. Reste à voir s'ils sont décidés à l'utiliser. Quoi qu'il en soit nous venons d'entrer dans une nouvelle ère dans laquelle une entreprise privée peut, en s'appuyant sur son cyber pouvoir, lever la voix face à la Chine sans avoir l'air ridicule.

Ça mérite réflexion ou je me trompe?

Je me suis avancé un peu plus que d'habitude et suis plus curieux que jamais de connaître vos réactions.

Alors?

[Illustration trouvée sur le site de Brdigeman ]

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