Loi Hadopi : le mauvais exemple français

Publié le 13 Mai 2009

hadopi-emperor-stefan.1242228210.jpg Le vrai problème de la loi bête (Hadopi) qui vient d’être voté est qu’elle fait d’une exception française à laquelle il est de bon ton de tenir dans l’hexagone un mauvais exemple mondial.

La loi est bête parce qu’elle ne tient pas compte des réalités propres aux nouvelles technologies de l’information. Elle sera emportée par la pratique et d’autant plus vite tournée que, dans la majorité même, ceux qui suivent ces questions de près savent qu’elle n’est pas applicable et tendent à se situer dans l’après Hadopi maintenant qu’ils ont été obligés de voter la loi.

Elle est « à courte vue » parce que le président à décidé de la faire passer dans le cadre d’une analyse politique qui n’a rien à voir avec le sujet. Il sait que les jeunes qui n’ont pas voté en masse pour lui la première fois ne seront guère tentés de le faire la seconde. Il a, par contre, besoin du soutien des grands groupes de presse et de médias avec lesquels nous connaissons tous ses rapports incestueux. Encore une fois il se préoccupe plus de la cuisine électorale que de l’intérêt public.

Elle est enfin insupportable car elle est un des multiples signes donnés par le régime d’une évolution vers l’autoritarisme, particulièrement inquiétante à un moment où les tensions sociales montent.

Mais cette loi, qui n’annonce rien de bon pour les français, inquiète beaucoup d’étrangers. Elle va dans le sens des mesures autoritaires prises par certains gouvernements pour tenter de maintenir leur contrôle sur tout ce qui se passe online. « La France n’est plus un pays démocratique » écrit un des tous premiers blogueurs espagnols, Enrique Danz Dans .

La loi Hadopi s’ajoute aux menaces pesant dans le monde sur la liberté d’expression et l’utilisation de l’internet. Cela va des interdictions du gouvernement chinois aux manipulations du juge suédois condamnant Pirate Bay (il est maintenant accusé de conflit d’intérêt à cause de son appartenance à des groupes de défense du copyright traditionnel).

L’internet et les technologies de l’information et de la communication créent un espace problématique pour les droits d’auteur tels qu’ils ont été conçus dans un monde dans lequel copier était relativement difficile et cher et dans lequel la circulation d’information faisait essentiellement du haut vers le bas. Ils doivent être repensés dans un monde où la copie est facile et l’échange horizontal une pratique dominante autant qu’essentielle.

Raison de plus pour poser le problème d’une façon intelligente, adaptée aux réalités technologiques et sociales, et porteuse de vrais messages démocratiques. C’est difficile et ne peut s’obtenir que dans un vrai débat (ouvert à la société civile et aux différentes parties prenantes), pas dans une mascarade dans laquelle prévalent calculs électoraux et amis du président.

[Photo Flickr de Stéfan ]

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