Mort des journaux ou du journalisme ?

Publié le 4 Avril 2009

La question est posée (parfois de façon exagérée) aux Etats-Unis.

La chute de la pub (16,6% en 2008), les licenciements (8.000 en 2009 selon la carte PaperCuts ) , la fermeture des journaux (10 depuis 2007 selon NespaperDeatWatch ), le passage du papier à des formules essentiellement web (du Christian Science Monitor au Seattle Post Intelligencer) sont les éléments concrets du débat.

On s’inquiéte de la « mort des journaux ». Souci légitime du point de vue des journalistes qui perdent leur emploi.

Robert Picart , spécialiste de l’économie des médias, rappelle pourtant qu’il y a entre 15% et 20% de journalistes en plus que dans les années 70 alors, m’a-t-il expliqué dans un entretien, qu’il y a plusieurs centaines de journaux en moins.

Albert Hunt déplace le débat dans le International Herald Tribune quand il affirme que les journaux sont indispensables au fonctionnement de la démocratie.

Mais.

Clay Shirky, dans un article intitulé « Journaux, penser l’impensable » aborde le même sujet d’une façon différente.

« Quand quelqu’un veut savoir comment nous allons remplacer les journaux, il veut en fait qu’on lui dise que nous ne sommes pas entrain de vivre une révolution ». Ce professeur de New Media à l’Université de New York précise que ceux qui posent ce genre de question « veulent qu’on leur dise que les vieux systèmes ne vont pas se rompre avant la mise en place des nouveaux. […] Ils demandent qu’on leur mente ».

La mort des journaux ne serait dont pas la fin du monde ce qui n’empêche pas, selon Shirky que nous sommes en train de vivre une crise très profonde comparable à celle qui a suivi l’apparition de l’imprimerie de Gutenberg. Le chaos est inévitable tant que de nouvelles solutions n’ont pas été inventées. Il faut leur laisser le temps d´émerger sans jamais oublier qu’il a fallu cent ans la dernière fois pour arriver à un nouvel équilibre.

Quant au problème de fond, Shirky n’a guère de doutes : « La société n’a pas besoin de journaux. Elle a besoin de journalisme ».

Cela veut notamment dire qu’il ne faut pas confondre la crise économique du moment et la crise structurelle induite par les bouleversements technologiques.

J’aime bien le sous titre de Newspaper Death Watch: Chronique du déclin des journaux et de la renaissance du journalisme.

C’est toute la question des opportunités d’inventer qui s’offrent.

Mais vous n’êtes peut-être pas d’accord…

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