J’ai des doutes sur mes doutes

Publié le 8 Février 2009

aimeemullins-dazed.1234084785.jpg Je commence ce billet à l’aéroport de Long Beach sur le chemin du retour après quatre jours à la conférence TED2009, la plus fascinante de toutes celles auxquelles j’ai pu assister. J’ai encore des choses à raconter sur différents aspects concrets, mais c’est juste le bon moment pour essayer de comprendre ce qui m’a plus dans l’expérience, ce qui me semble valoir la peine d’être compris.

1) Ça m’invite à remettre en question plein d’idées plus ou mois solidement établies dans ma tête. Un exercice toujours salutaire. La plus importante est ma propre conception du «changement». Mon obsession de toujours.

Les gens que j’ai vu pendant ces quatre jours oeuvrent «pour que ça change» sans s’enfermer dans la vieille dialectique «changement personnel» ou «changement collectif», sans croire que la seule solution est la révolution, sans voir de contradiction - pour nombre d’entre eux - entre œuvrer à un monde meilleur et s’enrichir.

Ils font. Ils repèrent un problème, imaginent un solution, une technologie, une méthode et s’y mettent. Que ce soit en créant une entreprise ou en lançant un mouvement. Un exemple: BetterPlace , une société qui essaye de généraliser les voitures électriques.

L’état d’esprit est différent. Au lieu de voir ce qui rend une idée difficile à réaliser ils imaginent ce qu’il faut faire pour la rendre réalisable.

C’est tout mon scepticisme (dont je suis si fier) qui en prend plein la gueule.

2) Le niveau des interventions est incroyable. Bonnie Bassler , par exemple, a découvert le «langage chimique» des bactéries et leur processus de prise de décisions qu’elle appelle «perception de quorum» (quorum sensing ) parce qu’il dépend de la densité de la population concernée. En termes simples, ça veut dire qu’on pourrait enrayer leurs effets négatifs en les empêchant de communiquer. Énorme à une époque où les antibiotiques deviennent inopérants. Plein de gens on reçu des prix Nobel pour moins que ça.

Mais tout autant que ses découvertes et des perspectives qu’elles ouvrent, j’ai trouvé fascinant sa façon de poser les problèmes, d’avancer dans sa quête scientifique. Et sa passion. Elle a même engueulé la salle qui l’interrompait avec enthousiasme.

C’est tout le confort intellectuel qui en prend plein la gueule.

3) Je dois reconnaître que les larmes me sont venues aux yeux plusieurs fois. Bon public direz-vous... Pourquoi-pas.

J’ai été impressionné par le programme pour enseigner la musique classique aux enfants des bidonvilles de Caracas dont j’ai parlé vendredi. Par Aimee Mullins , cette superbe jeune femme tronc à la fois mannequin et athlète qui s’amuse, en outre, à nous forcer à repenser ce que c’est le corps ou l’identité. Par Lena Maris Klingvall qui n’a pas de bras et une seule jambe dont elle se sert pour conduire, faire de la calligraphie, nager... entre autres. Par tous ces gens qui surmontent leurs difficultés, personnelles ou collectives. Une façon très concrète de dire «Yes we can» sans attendre que le message vienne d’en haut

C’est toute l’effacement derrière la distance et l'abstraction qui, cette fois, a morflé.

Mes réserves? Bien sûr que j’en ai (comme quoi l’esprit critique a la vie dure, une bonne chose s’il n’empêche pas d’agir).

On frôle par fois l’aspect «mission» ou messe bien pensante.

Plus important, j’ai du mal à imaginer que l’on puisse être opposé à l’un quelconque des projets qui nous ont été présentés.

C’est à dire qu’on élimine les conflits, essence du politique. Il ne s’agit pas du jeu électoral mais des situations dans lesquelles les parties ont présence peuvent avoir des revendications légitimes et incompatibles.

Quel dommage que cet état d’esprit, cette inventivité, ces technologies ne s’en prennent pas aussi à ce ce type de problème. Cela ne serait pas suffisant pour tout résoudre, mais, un peu d’optimisme et de confiance ne font de mal à personne.

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