Twitter, info en fragments et «story telling»

Publié le 2 Décembre 2008

storytellerguitar-anjan.1228208911.jpg L’émergence de Twitter et de la micro-messagerie, comme outil utilisable pour la couverture journalistique d’un événement ne fait plus de doute. Elle va aussi bouleverser la façon dont nous écrivons nos articles et la manière de raconter ce dont nous rendons compte, ce qui va bien plus loin.

L’élection au poste de secrétaire général du Parti socialiste et les attaques contre Mumbai ont donné une preuve époustouflante de la valeur de cet outil, comme le rappelle Benoît Raphaël rédacteur en chef du Post.fr.

Cela ne veut pas dire que le dispositif est parfait, ni même merveilleux. Il remplit des fonctions. Nous allons maintenant devoir apprendre à l’utiliser, à l’améliorer.

Voici ce qu’en dit Benoît:

«L'objectif, ici, n'est pas de produire une information low-cost sans journalistes, mais de travailler intelligemment dans le cadre d'une info en réseau. Produire une info plus pertinente par rapport aux attentes des lecteurs: hyper réactive, moins conventionnelle dans ses choix, plus "live", plus libre, avec plus de ton, de conversation, beaucoup d'émotion.»

Ces bouleversements mettent en cause le noyau dur du journalisme... la façon dont nous racontons des histoires, dont nous rendons compte de ce que nous voyons, comprenons, analysons.

L’info en réseau est en effet aussi une info en fragments.

L’info n’arrive plus ficelée comme un paquet soigné sous forme d’article avec un début (lead disent les anglo-saxons), un milieu et une fin, ce qui implique un minimum de synthèse et d’organisation. Pauvre Aristote.

L’info arrive comme une pierre jetée à la hâte. Pas nécessairement polie, mais lourde de faits et d’émotions.

Ne nous trompons pas sur la métaphore. Au bout d’un moment ces pierres ne sont plus que des grains de sable coulant en continu. L’info devient flux.

Synthèses, analyses et reportages sur le terrain seront toujours utiles voir nécessaires, mais force est de reconnaître que les premières interprétations ne sont plus le monopole des «têtes parlantes» qui pullulent sur nos écrans télé.

Nous - lecteurs/utilisateurs - apprenons à faire du sens à partir de ces multitudes de fragments qui défilent sur nos écrans. Barthes, lui, rigole.

Je me demande si les implications de cette évolution radicale n’est pas encore plus profonde que tout ce que nous avons envisagé concernant la communication horizontale et la participation auxquelles elle est intimement liée. Plus profonde parce qu’il s’agit d’une de nos activités essentielles: la façon de conter (story telling), de tirer du sens de ce qui nous arrive et de ce qui nous entoure.

Je suis vraiment curieux de savoir ce que vous en pensez...

PS - Désolé pour ces quelques jours de silence. Je voyage trop et j’avais vraiment besoin de repos.

[Photo Flickr d'Anjan ]

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