Quels chips pour nos mobiles? Acte deux

Publié le 10 Juillet 2008

par Hubert Nguyen

J’ai lu avec attention l’article de Francis Pisani intitulé « Quels chips pour nos mobiles » , qui fait référence à un article du New York Times sur les perspectives à long terme dans le secteur mobile d’Intel par rapport a ses concurrents, notamment ARM, mais surtout ceux qui utilisent la License d’ARM, comme NVIDIA dans sa puce Tegra, par exemple. Je vous recommande la lecture de ces deux articles, et je voudrais y ajouter une analyse courte de la situation.

[L'original de ce billet se trouve sur le site Ubergizmo . Il est un commentaire très utile à ce billet que j'avais écrit le 1er juillet. Je le reprends avec la permission d'Hubert (qui n'en est pas à ses débuts sur Transnets)]

intel-atom-234.1215671185.jpgAujourd’hui, le marché de l’X86 ultra-mobile est plutôt nouveau pour Intel. Il n’y a pas si longtemps, Intel vendait des processeurs basés sur l’architecture ARM (les Xscale , depuis revendus à FreeScale). Intel a trouvé cette expérience intéressante, mais est persuadé que sur le long terme, l’architecture X86 (celle que nous avons dans les processeurs PC depuis des décennies) finira par s’imposer. Les détracteurs d’Intel pointent du doigt le fait qu’en termes de volume, l’architecture ARM est beaucoup plus répandue que le X86. « Vrai » concède Intel, « mais » le parc ARM est en fait un ensemble de puces customisées par divers clients (NVIDIA, Apple…) pour leurs besoins spécifiques, et ne se pr.eeoccupent pas de compatibilité. Intel en revanche veut réutiliser la recette qui leur a permis d’imposer l’X86 dans le monde des processeurs de bureau : la compatibilité.

La stratégie d'Intel

En effet, l’idée d’Intel n’est pas nouvelle. Il y a eu la bataille RISC contre CISC , deux architectures de processeurs radicalement différentes, dans laquelle Intel qui utilisait du CISC, reconnaît volontiers que le RISC était meilleur techniquement, mais qu’il ne tenait pas la route commercialement. La raison est simple : grâce à sa compatibilité, chaque processeur d’Intel accélérait quasi-immédiatement des milliers voire des millions de logiciels, sans qu’aucun travail de programmation ne soit nécessaire. Cela donnait donc l’avantage à la plate-forme qui utilisait ses processeurs (le PC). En parallèle, Intel a aussi réduit les différences de performances entre RISC et CISC, ce qui a réduit a néant les avantages du RISC.

Intel pense donc pouvoir faire de même face à ARM (qui veut dire Advanced Risc Machines…) et aux autres concurrents. Sur le long terme (pensez 10 à 20 ans), Intel sait que ses adversaires auront beaucoup de mal sur deux points :

1/ l’augmentation des coûts de production : Pour réaliser des économies d’échelle, on fabrique des puces de plus en plus denses sur des galettes de silicium de plus en plus grosses. A chaque palier, il y a un effet de consolidation à cause des coûts financiers (des boîtes disparaissent ou fusionnent). Intel est l’un des rares acteurs à être auto-suffisant. Les autres, comme NVIDIA ont souvent recours à des « fonderies » comme TSMC qui produisent les puces pour eux. De ce fait, Intel possède aujourd’hui la meilleure gravure de semi-conducteur au monde. Les barrières d’entrées sont énormes : Dans la Silicon Valley, les investisseurs savent qu’une start-up qui veut faire des puces « custom » doivent recevoir au moins 100 millions de Dollars US d’investissements. De quoi garder les nouveaux entrants sur le banc de touche.

2/ Le maintien de la compatibilité : De mémoire, je ne connais aucune société de semi-conducteurs qui a pu maintenir une compatibilité totale depuis si longtemps. Pour l'écosystème d’une plate-forme (hardware, OS, applications), c’est un atout important, car ça peut potentiellement enlever pas mal de travail au niveau des drivers (pilotes).

Aujourd’hui, la consommation est le point faible d’Intel, tout comme l’était la performance à l’époque du CISC contre RISC. Mais contrairement à ce que peuvent penser certains, je pense que sur le long terme, Intel a des chances raisonnables de s’imposer, car ils ont démontré qu’avec des objectifs clairs, et assez de temps pour les réaliser, ils peuvent défaire des adversaires avec une technologie fondamentalement meilleure à un moment donné. A ce jour, aucun fabricant de processeur n’est parvenu à battre Intel sur son propre terrain : le X86 – même si AMD leur a donné du fil à retordre il y a quelques années. La force d’ARM, la facilité à modifier son design original (au détriment de la compatibilité) – finira peut-être par être sa faiblesse. Le deuxième talon d’Achille d’ARM c’est que tous ses clients utilisent une technique de gravure inférieure à celle d’Intel – ce qui donnera un avantage d’intégration au géant, ce qui est une donnée importante pour des appareils toujours plus puissants et petits.

Le vainqueur sera celui qui peut produire la plate-forme au meilleur rapport qualité/prix, mais sur le long terme. Je pense qu’Intel bénéficie d’avantages non-négligeables qui incluent une barrière d’entrée très haute à tout nouveau concurrent. Constater que l’iPhone tourne aujourd’hui avec un processeur basé sur du ARM comme mentionné dans le NY Times, ne veut pas dire grand-chose sur du long-terme. Il n’y a pas si longtemps, les « Macs » tournaient sur des PowerPC … De son côté, ARM possède beaucoup des attributs du camp RISC des années 90… meilleur techniquement, plus petit… mais pas forcément rétrocompatible. Les dés sont loin d’être jetés.

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