Vidéos sur le web: attention à "l'année du macaque"...

Publié le 13 Novembre 2006

allen-macaca.pngS'amuser ou s'inquiéter de la moralité de l'irruption des caméras subreptices dans la vie politique c'est sans doute passer à côté de la plaque. Les mésaventures du sénateur George Allen aux États-Unis offrent matière à réflexion sur le fond. Sénateur (encore pour quelques semaines) Allen était considéré par certains spécialistes comme le candidat le plus probable du parti républicain à l'élection présidentielle de 2008. Jusqu'au 11 août dernier. Ce jour là, voyant qu'il était filmé (pas du tout subrepticement) par un jeune homme dont il connaissait les liens à son opposant, Allen s'est mis à le traiter de "macaca" (un mot pour lequel les francophones n'ont, hélas, pas besoin de traduction). S. R. Sidarth, le jeune homme en question, est un étudiant qui réussit, un "jeune américain exemplaire" écrit le commentateur Frank Rich dans un article du New York Times dont je me suis inspiré pour titrer ce billet. Son père est d'origine Indienne, sa mère est d'origine tunisienne Ses parents sont d'origine indienne. Il est démocrate. Il a la peau foncée. Il a mis sur YouTube les images de la minute pendant laquelle Allen s'en prenait directement à lui. Ce genre d'incidents, quand ils en avaient connaissance, était souvent minimisé par les médias traditionnels, ne serait-ce que pour ne pas s'aliéner leurs sources d'informations. Fini. A ce jour la vidéo a été vue plus de 300.000 fois. Les propos ont fait scandale, d'autant plus facilement qu'Allen a des antécédents racistes, qu'il a caché les origines juives de sa mère et qu'il a tardé à s'excuser auprès de Sidarth. Allen a perdu son siège de sénateur. Les républicains ont perdu un candidat possible à la présidentielle de 2008. Les démocrates ont regagné la majorité au Sénat (et à la chambre). L'année du "macaca" est une année mémorable. La beauté de l'affaire est, en l'occurrence, qu'il ne s'agit pas d'une information dérobée mais d'un témoignage pris sur le vif. Les politiciens doivent faire attention à ce qu'ils disent et les journalistes à ce qu'ils taisent. Blogueurs et vlogueurs (voir ce billet) ne sont jamais très loin. L'information n'est plus contrôlable. J'y vois un exemple cinglant du pouvoir perturbateur des nouveaux médias… et vous?

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