"Conversations", "communautés": j'ai des doutes…

Publié le 24 Octobre 2006

J'ai des doutes. De sérieux doutes. Ils concernent deux des mots que j'utilise le plus souvent sur ce blog, que j'entends le plus souvent dans les conférences auxquelles j'assiste, que je lis quotidiennement sur les sites d'information et les blogs que je fréquente.

Je suis convaincu depuis longtemps que nous avons tendance à utiliser le mot "communauté" à tort et à travers. Je crois qu'il devrait s'appliquer à un groupe de gens qui ont pas mal de choses en commun (je reste vague à dessein). Or nous utilisons le terme pour désigner des individus qui visitent un même site (je trouve, par exemple près de 100.000 pages qui parlent d'une prétendue "YouTube community"). Je ne crois pas que les gens qui vont chercher des vidéos sur ce site forment une communauté. Autre exemple: il y a sans doute des "micro communautés" sur MySpace. Je ne crois pas que les usagers de ce site forment une communauté.

Même problème avec les conversations. Il ne suffit pas de laisser les gens s'exprimer dans toutes les directions, sans écouter l'autre, sans lui répondre pour avoir une conversation. Il est sans doute bon de concevoir les marchés comme des conversations (pour reprendre l'expression du ClueTrain Manifesto). Cela ne veut pas dire que la place du marché est une conversation. Elle est par contre un espace sur lequel ont lieu de multiples conversations. Il est bon de concevoir le journalisme comme une conversation (plutôt que comme un cours en chair, comme le suggère Dan Gillmor) cela ne veut pas dire que les commentaires des lecteurs à côté d'un article (louable progrès) constituent une conversation.

J'ai des doutes… je crains que le fait d'utiliser des termes inadéquats nous empêchent de comprendre ce qui se passe vraiment, mais je ne suis pas certain de disposer des mots qui conviennent.

J'ai donc trois questions pour vous:

  • sentez-vous, comme moi, qu'on exagère en utilisant trop souvent des mots qui impliquent des liens forts pour parler de situation caractérisées en fait par des liens faibles?
  • si tel est le cas, quel est le coût de tels abus de langages? Y en a-t-il un?
  • quels mots suggérez-vous qui correspondent mieux à la réalité de ce dont il est question dans chaque cas?
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