Théorie des réseaux (4): espace et politique

Publié le 5 Octobre 2006

Cybergeographytopology_1 "La globalisation peut être expliquée ou mieux comprise comme un réseau de réseaux" a déclaré Manuel Castells lors de l'Atelier sur la théorie des réseaux qui s'est tenue au Annenberg Center (Los Angeles) à la mi-septembre (voir ce billet, celui-ci et celui-là). La concevoir comme l'organisation efficace de réseaux connectés permet de comprendre des dimensions qui nous échappent si on s'en tient aux formes d'organisation verticales propres à l'ère industrielle.

Chaque dimension (sociétale, culture, politique, économique, technologique, etc.) est ainsi "en ensemble de réseaux qui se connectent et se déconnectent au même moment" a expliqué Castells dans une discrète référence aux philosophes Gilles Deleuze et Félix Guattari.

Il pense aussi que "chaque élément ne peut pas être compris isolément, mais dans ses relations avec l'environnement". Cela se matérialise géographiquement "dans des nœuds qui sont des connecteurs de réseaux. Dans chaque pays il y a ainsi deux ou trois centres urbains qui ont cette fonction".

La tentative de Castells pour expliquer la globalisation en termes de réseaux se heurte à un certain scepticisme de la part de ceux qui sont surtout intéressés par leur fonctionnement au niveau micro. On est en effet amené à se demander s'il est possible de gérer ces multiples niveaux d'analyse, ces multiples théories dans un ensemble qui n'essaierait pas de tout inclure.

Dans un courriel, Castells m'a répondu qu'il croyait "possible de construire une théorie des réseaux basée sur des théories de la communication, à condition d'intégrer la spécificité de la communication électronique."

C'est essentiel à toute approche sérieuse de la globalisation comme à toute tentative de compréhension du rôle accru des réseaux comme forme efficace d'organisation sociale. Et cela nous ramène à la vraie nature complexe, changeante et conflictuelle de la société d'aujourd'hui.

Par exemple, les États s'adaptent ce qui crée de nouveaux problèmes selon Castells du fait que les "États en réseaux mettent la notion de représentation en crise car elle n'est pas la représentation des réseaux". Dans le monde d'aujourd'hui les affrontements essentiels se déplacent. "Le pouvoir s'exerce au travers des réseaux et les conflits servent à les reconfigurer."

Je me suis étendu sur cette conférence que j'ai trouvée passionnante. La raison de fond est que j'en suis sorti convaincu que, formés à l'école centenaire des institutions et des hiérarchies nous sommes un peu perdus devant cette nouvelle approche, devant l'efficacité récemment acquise par cette forme ancienne d'organisation. Je crois que nous avons à comprendre comment "ça" marche... et que nous pouvons y parvenir.

Qu'en dites-vous?

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