Les zones grises de web 2.0

Publié le 5 Septembre 2006

Natachaquestersemeon Par Natacha Quester-Séméon

Bienvenue à Natacha qui inaugure CaféTransnets (voir ce billet et la catégorie).

Journaliste, productrice, blogueuse, Natacha est à l'origine, entre autres initiatives, des Wifipicnics (signalés par ce billet, puis par SmartMobs). Avec Sacha, Tristan (et quelques autres) elle met en acte - Les Humains Associés (Web 2.0 citoyen) -, un précieux mélange d'imagination et d'utilisation astucieuse de la technologie en prise sur la société. 

 

La matière première des réseaux c'est l'information et elle a un coût. Certains ont entrepris de le réduire le plus possible pour augmenter la compétitivité et les marges. Quelque part ils y sont parvenus par un tour de magie en nous faisant faire leur travail à leur place : ainsi, nous sommes de plus en plus nombreux, à créer, partager ou sélectionner des contenus, à les étiqueter (tags) et les diffuser à grande échelle.

Si d'un côté, on trouve des créateurs et des auteurs qui ne comptent pas leurs heures, de l'autre, il y a les services et les agrégateurs, ces intermédiaires qui mettent à disposition des outils automatisés pour accéder à ces contenus fournis par une main d'oeuvre gratuite. À l'instar d'un moteur de recherche comme Google, des fortunes et de nouveaux empires se bâtissent. Le départ prochain de Bill Gates de Microsoft est symbolique de ce changement d'ère.

Elle a plus de zônes zones grises qu'on ne veut bien le dire.

YouTube, DailyMotion, qui sont de formidables plateformes de partage de vidéos ultra-populaires et simples d'accès, ont une politique ambiguë. Ils affirment ne pas accepter les vidéos piratées et respecter les droits d'auteur.

Dans les faits,une bonne part des vidéos qu'ils mettent à disposition sont de sources non identifiées (piratées autant le dire). Au milieu de la masse de contenus amateurs donc autoproduits, certaines vidéos sont visionnées des millions de fois et deviennent des standards du genre.

En choissant de diffuser leurs vidéos originales par ce service, les utilisateurs de YouTube, acceptent de donner ipso-facto à cette compagnie un droit mondial, non exclusif, pour distribuer et même modifier leur travail.

Et la richesse créée par le travail d'indexation manuelle (folksonomie) des photos que je poste sur Flickr ou le lien sur Ma.gnolia, à qui appartient-elle ? L'indexation humaine s'annonce comme un marché en pleine expansion (cf. Yahoo)

Certains passages du contrat d'utilisation du service de rencontres en ligne Meetic.fr laissent songeur, puisque l'utilisateur cède les droits de propriété intellectuelle des informations concernant sa vie privée.

On retrouve de solides fractures entre les amateurs et les professionnels, le libre et le propriétaire, le payant et le gratuit. Il n'y a aucun mal à gagner de l'argent en créant et en vendant du contenu. Il ne s'agit pas de jeter le bébé avec l'eau du bain, néanmoins en tant qu'utilisateur-auteur (que nous sommes presque tous d'une façon ou d'une autre), bref, producteurs de valeur ajoutée, nous pourrions émettre un souhait : celui de pouvoir choisir librement de partager ou de vendre le fruit de notre travail, de notre créativité, notre droit à l'image. Si Wikipédia est si extraordinaire (même si le fonctionnement de l'encyclopédie va évoluer) et si les réseaux sociaux peuvent être un moteur de transformation dans notre société, c'est en partie en restant fidèles à la dynamique d'origine du Web, nourris par le libre, le partage réel, la générosité gracieuse.

 

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