L'ancien et le nouveau

Publié le 16 Août 2006

Onethousandyearsnonlinearhistory Hier soir j'ai regardé, pour la première fois, deux épisodes de la série The West Wing (la vie agitée à la Maison Blanche). Je ne suis pas vraiment en avance sur mon temps, mais il se trouve que je ne regarde pas la télévision (hurlera qui veut). J'ai donc loué les DVD.

C'est plutôt bien foutu et au cours d'un chemin trop compliqué et partiellement insomniaque ça m'a poussé à réfléchir sur les relations complexes entre l'ancien et le nouveau en partant de ce qu'on appelle en anglais "narrative": l'art du récit en quelque sorte. Un domaine d'autant plus passionnant que conter des histoires est une de nos activités les plus anciennes et les plus caractéristiques.

Mon point de départ a été la constatation que les gens de talents se déplaçaient vers des formes "nouvelles" comme le sont les séries de télévision. Ils ne sont plus seulement à Hollywood (Bollywood, etc.) ne se limitent plus aux romans mais s'adaptent au marché, au goût des gens, à la mode, aux nouvelles technologies.

Ceci étant les formes anciennes demeurent au sein d'écosystèmes en constante mutation.

Mais à l'intérieur, comment ça marche?

Je m'y retrouve (plus ou moins) en distinguant trois plateaux:

- Les formes émergentes tels que les récits (ou les jeux) multimédias interactifs en ligne;

- Les formes anciennes qui d'adaptent au nouveau contexte comme les séries télévisées ou les films qui s'attaquent à la linéarité comme Crash;

- Les formes anciennes qui persistent (ou dont l'évolution est si lente qu'on a du mal à la percevoir): le fait par exemple que la littérature d'aujourd'hui est souvent plus visuelle (sous l'influence de la télé et du cinéma) qu'elle ne l'était jusqu'au début du siècle dernier;

Thewestwing Ça s'applique plutôt bien aux médias d'information: les blogs n'étaient pas vraiment concevables il y a 20 ans; les médias traditionnels s'adaptent et intègrent de plus en plus la participation de leur audience sous forme de commentaire ou dans la production même des nouvelles; enfin les journaux sur papiers, la radio et la télévision sont encore là pour un bon moment.

La difficulté tient à la nécessité de tenir compte en même temps de deux vérités relatives: la première est que les formes solides ne disparaissent pas facilement (à notre rythme, certaines peuvent paraître éternelles), la seconde est que tout change.

Ça me rappelle Manuel de Landa, un philosophe mexicain installé à New York et disciple de Gilles Deleuze et Félix Guattari (comment pourrais-je être indifférent?). Dans un livre fascinant intitulé A Thousand Years of Non Linear History, il se penche sur l'histoire de l'humanité en partant des vitesses auxquelles évoluent pierres, gènes et normes. Un délice.

Donc, tout bouge mais à des vitesses différentes. C'est d'autant plus compliqué que notre fenêtre de perception est des plus étroites. C'est aussi ce qui est stimulant.

 

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